Sur les pas de Pierre Loti

On connaît le Pierre Loti ( ( en réalité Julien Viaud 1850-1923) romancier, ses récits des rudes terres bretonnes ou ses voyages enchantés et chatoyants en Afrique, en Orient ou encore dans le Pacifique .

Loti 1900. (c) Ville de Rochefort, musées municipaux, coll P.Loti

Ce sens puissant de l’image et de l’impression, Loti l’a également mis au profit de son activité de dessinateur d’abord puis, plus tard, de photographe .

Officier de marine, celui qui devint plus tard académicien, a effectivement vécu les voyages brillamment décrits dans ses romans, embarqué sur différents bâtiments de marine ou dans le cadre de voyages privés .

Dans sa jeunesse il fut initié à la photographie par sa tante Marie. Passionné par ces techniques modernes alors en plein développement, Loti achète plus tard, en 1894  une petite chambre photographique à main dite “détective”.  (1) Dès lors, il réalise lors de ses voyages de nombreuses “photographies” : en réalité des clichés sur plaque de verre de petite dimension (6×9) recouverte  d’une émulsion au gélatino-bromure d’argent. L’émulsion était fragile aussi bien que les plaques de verre mais ce procédé représentait une avancée en terme de facilité d’utilisation et de sensibilité à la lumière (2).

En parallèle, au cours de ces voyages, il achetait et échangeait des épreuves parfois effectuées par des professionnels renommés. Ces clichés représentent aujourd’hui une fabuleuse collection gérée par l’équipe du Musée de la Maison de Pierre Loti.

Ces documents sont d’autant plus intéressants et exploitables que Loti tenait des carnets de voyage et journaux intimes. Il yl consignait ses observations et impressions de façon très soigneuse. Ces écrits ont également fait l’objet de publications .

Si Loti souligne, comme beaucoup de voyageurs de son époque, ce qui est étrange dans les civilisations rencontrées, ce qui nous est le plus éloigné, il n’essaie pas moins d’en rendre une approche compréhensive jusqu’à parfois tenter de se fondre en ces mondes méconnus ( voir Azyiadé, Loti, 1879). C’est pourquoi l’on peut, prudemment, attribuer à certains de ces clichés une valeur ethnographique. Ils  sont de toutes façons pour partie le reflet de mondes disparus .

Pratiquant  une sorte d’observation participante avant la lettre, il aimait à “disparaître” au sein des populations visitées et partager un temps leurs coutumes leurs habillements et usages sociaux, jusqu’à adopter un nom qui lui fut donné par une reine tahitienne (v Le mariage de Loti, Loti, 1882). Il emportait avec lui son matériel photographique délicat  pour fixer monuments, paysages, mais aussi visages et costumes, à partir desquels il prolongeait son récit.

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Si la prudence est de mise c’est que les clichés de Loti ne revêtent pas qu’un aspect purement documentaire : on le voit aussi apparaître en personne sur certaines épreuves, fortement mis en scène tant il est vrai que ses récits de voyages sont en partie rêvés, empreints de fantasmes et d’imaginaire .  Il s’agit ici du travail photographique d’un artiste, pionnier et moderne mais parfois fantasque et non du travail d’un savant .

Il faut noter à ce propos que les temps de pose très longs rendus obligatoires par la sensibilité faible premise par les techniques de l’époque (imaginez : généralement l’équivalent de 4 ou 8 ISO !) ne permettait pas de photographier les personnages autrement que figés .

L’exposition du Musée de la Marine de Brest présente 75 images provenant du fond photographique Pierre Loti et rapportés de ses voyages en Terre Sainte, en Asie, en Inde, en Perse, en Turquie et de son dernier voyage en Egypte) . Vous pourrez également admirer trois appareils datant de l’époque de Pierre Loti (fin XIXè-débutXXè) .

 
Infos pratiques :

dates : du 31 mai au 2 octobre 2011

adresse :  Musée national de la Marine à Brest, Château de Brest , Boulevard de la Marine  29200 Brest

tél. : 02 98 22 12 39

horaires d’ouverture : en septembre : tous les jours de 10 h à 18 h 30,en octobre : tous les jours de 13 h 30 à 18 h 30

http://www. musee-marine.fr

Exposition réalisée grâce au concours de la ville de Rochefort – musées municipaux, collection Pierre Loti .

Commissariat de l’exposition : Marc Guilloud et Lénaïg L’Aot-Lombart, musée national de la Marine .

 

Pour prolonger la visite .

"Les Orients de Pierre Loti par la photographie" , Bruno Vercier, éditions du Centre des monuments nationaux, 2006.

"Pierre Loti photographe (1850 – 1923). Catalogue d'exposition.", Gaudichon Bruno , Quella-Villeger Alain, Paris, édité par le Musée de la ville de Poitiers, 1985 .

 

Sources

(1) Dossier de presse élaboré par les commissaires de l’exposition : Marc Guilloud et Lénaïg L’Aot-Lombart, musée national de la Marine < http://www.musee-marine.fr > consulté le 01/09/2011 à 9 :00 AM .

(2) Bertrand Lavedrine "La conservation des photographies sur support verre", La imatge i la recerca històrica – Poñencies i communicacions, Actes des 2èmes journées Antoni Varès, 1992, Girona, p. 103-119.

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Emilie Vanderhulst
Emilie est anthropologue. Photographe nature amateur, elle est par ailleurs guide naturaliste et ornitho pour Natagora.