Patrick Jacquet : « réminiscences genevoises » quand l’ancien et de l’actuel ne font qu’un.

Patrick Jacquet, pour ceux qui ne le connaissent pas est un véritable passionné de photo depuis plusieurs décennies. Au fil du temps , il a appris et c’est intéressé à beaucoup de techniques ; macro, architecture, panoramique, reportage et bien d’autres encore. Patrick mets toutes ses connaissances en partage par l’intermédiaire de formation et de cessions de coaching photo qu’il organise.

Son métier d’informaticien le pousse certainement à aller toujours plus loin à explorer de nouvelles techniques et d’y apporter une touche personnelle.

Sa précédente série  » Vision 360″ en est le parfait exemple. La technique et son oeil  ont permis d’aller plus loin dans l’originalité et la création.

Cette fois Patrick Jacquet s’est lancé dans une autre aventure, un nouveau défi, celui  de rassembler l’ancien et le nouveau.

Patrick a bien voulu répondre à quelques questions sur son nouveau projet « Réminiscences genevoises« .

 

Patrick Jacquet

– Patrick, ta précédente exposition « Visions 360 » qui montre la nature sous un angle inhabituel, fait appel à une technique bien particulière. Qu’est-ce qui se cache alors sous le nom de ta nouvelle série « Réminiscences genevoises » ?

Oui la série des « Visions 360 » était basée sur des panoramas très haute résolution à 360 degrés. Je suis très fier de pouvoir dire qu’avec cette série j’ai apporté une autre vision de la photo de paysage. Une série qui m’a d’ailleurs ouvert les portes des plus grands festivals internationaux en Europe et même à Dubaï.

Rêve ou réalité
« Vision 360° » : Rêve ou réalité

 

Le projet des « Réminiscences genevoises » est basé sur de la photo plus classique mais qui fusionne l’ancien avec l’actuel.

La série est dédiée à la ville de Genève et consiste à fusionner 160 ans d’histoire en une seule image. Le principe est de partir des toutes premières photos de Genève prises dans les années 1850-1870, de retrouver l’endroit exact de prise de vue et de réaliser la vue actuelle 160 ans plus tard. Les 2 images sont ensuite alignées et fusionnées pour ne donner qu’une seule vue… la réminiscence.

 

Construction du pont du Mt Blanc - 1861
Construction du pont du Mt Blanc – 1861

Est-ce ton premier projet de photos avant / après ?

Avant de travailler sur Genève, j’avais déjà réalisé en 2016 un projet de réminiscences dans ma région du Pays de Gex intitulé « les réminiscences gessiennes ».

Gex - 1915
Gex – 1915

J’étais parti des anciennes cartes postales de la région des années 1900-1920. Ce projet a eu beaucoup de succès car il a réveillé la mémoire des anciens qui se souvenaient de cette époque et de son évolution. Avec le soutien de la Communauté de communes une grande expo a été réalisée en 2018 dans un des plus beaux sites de la région : Fort l’Ecluse et elle a reçue près de 25000 visiteurs.

Ce projet a eu une très grande visibilité et a suscité l’intérêt des Nations Unies à Genève qui m’a mandaté pour réaliser « les réminiscences onusiennes ». J’ai eu la grande chance pendant 6 mois d’avoir accès aux archives de l’ONU depuis sa construction dans les années 30 et d’accéder aux différents bâtiments pour réaliser une quinzaine de réminiscences qui ont été exposées pendant les journées portes ouvertes en 2017. Ces réminiscences sont également intégrées au site web des réminiscences genevoises.

ONU – Place des Nations - 1951
ONU – Place des Nations – 1951

Avec le projet genevois, j’ai voulu aller encore plus loin dans la complexité à la fois historique et technique. Historique parce qu’en 1850, Genève est encore une ville fortifiée c’est une ville que personne n’a connue et pouvoir utiliser les toutes premières photos de cette époque permet de faire découvrir la ville sous un angle différent. Se dire qu’il y a 160 ou 170 ans, quelqu’un faisait déjà la même photo que moi est assez émouvant.

Pour l’aspect technique, il ne faut pas oublier qu’en 1850-1860, on est au tout début de la photographie. A l’époque on est encore sur des temps de pose assez long de quelques minutes à quelques secondes. On est très loin d’atteindre le 1/100e de seconde et j’ai voulu reproduire cette contrainte avec des vues de plusieurs minutes notamment autour du Rhône.

C’est pour tous ces aspects que le sous-titre du projet est : « retour aux sources »

Comment est née cette idée de fusionner l’ancien et le nouveau ?

La technique qui consiste à photographier le même lieu à plusieurs époques s’appelle la re-photographie. C’est une technique utilisée depuis longtemps par les photographes pour, par exemple, montrer les plages du débarquement pendant et après la guerre.

Ce que je trouvais dommage dans la plupart des projets avant-après que j’ai vus, c’était quelque fois l’approximation dans les prises de vue qui ne reflétaient pas complètement la même perspective ou alors le manque de fluidité dans la fusion des images

Avec les réminiscences, j’ai voulu aller au-delà de ce qu’on avait l’habitude de voir dans ce type de projet.

C2medias, agence de communication interactive

– pour les prises de vue, je voulais absolument retrouver l’endroit exact, utiliser les mêmes focales qu’à l’époque de manière à obtenir les mêmes perspectives.

– pour le rendu, le fait d’avoir retrouvé les mêmes perspectives me permet d’aligner les 2 images et de les fusionner de manière extrêmement précise. J’obtiens une image qui mélange à la fois des éléments du 19e siècle avec des éléments du 21e siècle. On a une fluidité dans le rendu et dans la lecture. Les éléments en noir et blanc viennent du passé et la couleur montre l’actuel.

Il a fallu repérer les lieux, cela n’a certainement pas dû être chose facile du fait de la modification de l’urbanisme avec le temps! Comment as-tu procédé ?

La marge de manœuvre est assez faible car à 2 ou 3 mètres près je peux perdre la perspective de départ et rendre l’alignement des images compliqué ou impossible.

Le repérage est donc primordial en effet… et cela ne m’a pas empêché d’avoir à m’y reprendre à 2 ou 3 fois pour trouver le bon endroit de prise de vue !

La modification de l’urbanisme sur 160 ans est également un autre gros point à gérer. Par chance il existe dans un musée de Genève (La maison Tavel) une très grande maquette de Genève qui représente la ville en 1850… et à l’échelle ! J’ai obtenu une photo ortho de cette maquette que je peux « mapper » sur Google Maps et ainsi plus facilement repérer les lieux de prise de vue. C’est un gros plus.

Pour quelques vues, j’ai même utilisé des images d’archives datant du début du 20e siècle pour retrouver des bâtiments disparus, facilitant ainsi l’alignement des images car je n’avais plus de points communs entre l’avant et l’après.

Un petit travail de détective !

As-tu utilisé un matériel photographique spécifique pour ces prises de vue ?

Je travaille avec un Canon 5D mk3, rien de particulier à ce niveau. N’importe quel appareil pourrait faire l’affaire. Les focales utilisées à l’époque n’étaient pas très variées (entre 35 et 50mm) donc mon objectif 24-70mm fait très bien l’affaire.

Comme je l’ai dit, j’ai également reproduit les contraintes de temps de pose. Pour obtenir des temps de pose de 2 à 3 minutes j’ai utilisé un filtre ND.

Après le repérage et la prise la prise de vue, vient l’étape finale et délicate qui demande beaucoup de précision et de maîtrises techniques ; celle du  post-traitement.

Pourrais-tu nous la décrire sans en dévoiler tous ses secrets ?

L’étape la plus délicate est sans aucun doute l’alignement des 2 images. Je travaille donc avec des logiciels de traitement d’image qui permettent de gérer des calques.

L’utilisation des calques est assez simple. Pour une zone particulière, je peux décider d’utiliser le calque « avant » et pour une autre zone le calque « après ». C’est un peu comme faire du détourage pour faire ressortir le calque du fond… sauf que pour être précis je travaille quelque fois avec un pinceau de quelques pixels de diamètre !

C’est donc par ce biais que les personnages du 19e siècle se retrouvent sur le même trottoir que les individus du 21e siècle, ou qu’une calèche du 19e siècle se retrouve à côté du Tram actuel.

Ce n’est pas de la manipulation d’image, juste un jeu de calques sur 2 vues espacées de 160 ans !

Par contre, pour donner un effet encore plus réaliste, j’ai quand même été jusqu’à rajouter la réflexion des anciens bâtiments sur la vue du Rhône actuel.

Genève rive droite - 1851
Genève rive droite – 1851

 

De cette série, quelle est la photo dont tu es le plus fier ou la plus aboutie, en fait celle que tu préfères pour des raisons personnelles ? Décris là nous et dis-nous pourquoi celle-là ?

La vue de la place De Neuve de Genève est probablement un des plus beaux exemples de fusion de ces 2 mondes.

Genève place de Neuve – 1862-1880
Genève place de Neuve – 1862-1880

 

Je travaille en collaboration avec la bibliothèque de Genève qui me fournit des images très haute résolution de 20 à 30 millions de pixels. La fusion des 2 images HD m’a pris plus d’une trentaine d’heures pour cette vue car il y a une complète interaction des 2 univers.

Le site web des réminiscences permet également de mieux se rendre compte de ce travail car un slider permet de visualiser l’avant et l’après. C’est très ludique !

– Cette série qui a demandé un nombre incalculable d’heures de post-traitement et de préparation, où le public pourra-t-il la voir et quand ?

Le public genevois a déjà pu découvrir quelques-unes de ces réminiscences pendant les fêtes de fin d’année en 2018. Un généreux promoteur immobilier m’avait offert gracieusement pendant quelques semaines un espace composé de 8 caissons rétro-éclairés dans une des rues commerçantes de la ville. Le retour a été très positif et quelques articles de presse ont également relayé ce projet unique pour la ville.

Je suis en contact avec la ville de Genève et une expo itinérante est en cours de préparation dans les bibliothèques de la ville pour la fin d’année. D’autres contacts sont également en cours et j’espère qu’ils vont se finaliser.

En dehors de Genève, la 1ère apparition des réminiscences genevoise se déroulera pendant la 5e édition de l’expo Passion Photo 38 qui se déroulera le 2 et 3 novembre dans la ville de Rives (38). Une expo que j’ai l’honneur de parrainer cette année.

– Un livre est-il en préparation sur ce travail et cette série ?

Le projet est actuellement composé de plus d’une vingtaine d’images. L’objectif pour les prochains mois est de réaliser un maximum de nouvelles vues afin de préparer des produits commercialisables avant la fin d’année, des tirages bien évidemment mais pourquoi pas un livre photo comme je l’avais déjà fait pour les réminiscences gessiennes.

– Aurais-tu quelque chose d’autre à ajouter sur ta prochaine exposition ou plus généralement ?

La série des « Visions 360 » a toujours autant de succès. Elle tourne depuis maintenant 3 ans et je suis régulièrement contacté pour de nouvelles expos. La prochaine se déroulera du 7 au 9 Juin à Montbrun les Bains pour l’édition des rencontres photos Ventoux Baronnies.

Mon actualité photo est assez chargée car je dirige également une association photo (Mise Au Point) qui est entre autres spécialisée dans la formation photo avec une audience qui touche à la fois les particuliers, les clubs et également les professionnels pour certaines techniques.

De quoi donc bien remplir mon temps libre de manager en informatique. Oui… la photographie n’est pas mon gagne-pain mais ma plus grande passion !

Merci Patrick pour avoir joué le jeu des questions-réponses pour la présentation pour ta nouvelle  exposition  qui nous l’espérons pour toi , te conduira comme pour la précédente aux quatre coins de l’hexagone et pourquoi pas du globe.

Pour terminer , je vais citer ta maxime qui reflète parfaitement ta démarche photographique.

 

« Maitriser la technique ne fait pas une bonne photo,

mais sans elle votre cœur reste muet »

 

Sites web

Mise Au Point : http://miseaupoint.org/

Réminiscences genevoises : http://rem-ge.com/

Page Facebook : https://www.facebook.com/MAP.Photographies/

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Eric Mary
Auteur photographe, Eric Mary pratique la photographie depuis son plus jeune âge. Autodidacte, il s’est spécialisé dans la technique de la macrophotographie pour découvrir l’Univers du Petit qui le fascine par sa beauté, ses richesses infinies de formes, de couleurs et pour sa poésie. En dehors de sa participation à RevuePhoto, il participe au collectif de photographes bourguignons de nature et animaliers « Bourgogne Photo Nature » et s’occupe de l’association « Terre d’Images » qu’il a fondé avec son épouse.

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