Interview de la semaine : Jean-Pierre Frippiat

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Bonjour Jean-Pierre, comment t’es venue cette passion pour la photographie ?

Mon rapport à l’image ne date pas d’hier puisque je suis cameraman à la RTBF (télévision belge francophone de service public) depuis…36 ans ! Mais Vidéo et Photo sont deux approches très différentes du monde de l’image et mon activité professionnelle m’a assez vite tenu à l’écart de la photo. Vous ajoutez à cela le fait que, dans une famille, lorsque vous êtes le soi-disant spécialiste de la photo, vous vous retrouvez automatiquement aux commandes du baptême du petit dernier,de la communion du petit neveu ou du  mariage de la cousine…j’ai assez vite « enterré »  mon premier boîtier reflex, un minolta srT300 tout manuel, acheté en 1972. Rassurez-vous, il vit toujours J

 

Ce n’est qu’en 2003 que j’ai racheté un boîtier moderne : un Nikon F80. C’était encore un argentique, le numérique étant encore hors de prix à ce moment là. Ca ne fait pourtant pas 10 ans…

 

Cet achat, qui a marqué mon retour à la photographie, correspond a la redécouverte d’un lieu de mon enfance. Le lac de Bambois que je fréquentais gamin pour m’y baigner avait été abandonné dans les 70 suite à la mode du tourisme lointain et était devenu une véritable décharge. Au milieu des années 80 quelques passionnés décident de réhabiliter le site, d’en faire un lieu consacré au « tourisme vert » constitué de jardins à thèmes où l’eau est omniprésente et de réserver une grande partie du lac en zone de quiétude pour les oiseaux.

 

C’est ce site donc que je redécouvre en 2003 grâce à un reportage que j’y tourne  pour la télé qui va me donner l’envie de me lancer dans la photo Nature.

 

Le grain était  semé et il va définitivement germer grâce à Franck Renard, rencontré lui aussi  à l’occasion d’un tournage.

 

Quel matériel utilises-tu ?

Après ce F80, j’ai assez vite acheté un D70, premier boîtier numérique Nikon abordable pour un amateur. Ont suivis un D200, puis un D300 et depuis 15 jours un D700.

 

Côté optique, j’ai d’abord eu un 300mm 2.8 Sigma que j’ai remplacé par le 300mm VR 2.8 Nikon qui est toujours mon objectif de référence. Je le complète par un 50mm 1.4,  deux optiques macro-mais j’en fais très peu- et depuis peu par un 24/70.

 

Ton sujet ou tes sujets fétiches ?

Par la force des choses, c’est évidemment le lac de Bambois qui a été mon premier terrain de jeu et les oiseaux d’eau qui l’habitent.

 

Très vite j’ai quitté les berges du lac pour me lancer avec passion dans l’affût flottant. Approcher les oiseaux tout doucement, au ras de l’eau, faire partie aussi discrètement que possible du même milieu qu’eux, quelle joie sans cesse renouvelée.

 

Parallèlement à ce travail de fond que je mène depuis plusieurs années sur le lac, j’ai eu la chance de découvrir dans mon jardin la présence d’une petite chouette chevêche. Elle m’a occupé aussi très longtemps, m’a donné beaucoup de joies et le moins que je puisse faire c’était d’essayer de lui rendre ce qu’elle m’avait donné. Je collabore donc avec l’association Noctua par le placement de nichoirs de substitution et le suivi des populations tout autour de chez moi.

 

Et depuis 2 ans maintenant je me suis mis à voyager, suite à une rencontre. Mais des voyages au rythme lent de la marche, en immersion dans le milieu. Pas de plan de bataille défini, juste prendre le temps d’être là et de profiter des beaux moments qui s’offrent à moi. Suède et Norvège en 2009, Grand Paradis,  Pyrénées, Sierra de Guara en 2010, les Vosges à toutes les saisons et un nouveau séjour cette année, mais seul cette fois, dans le Parc du Grand Paradis.

 

Pour réaliser ces voyages j’ai aménagé un fourgon pour y dormir et y manger. Un confort sommaire mais qui me donne toute liberté.

 

 

Pour ces sujets, as-tu besoin de connaissances diverses supplémentaires (biologie, stylisme…), et si nécessaire, fais-tu appel à d’autres corps de métier ?

Je n’ai pas une approche « naturaliste » -et ça n’a rien de péjoratif au contraire- de la photo Nature mais plutôt artistique. Je ne suis pas à la recherche à tous prix  de l’espèce rare, du gros plan parfait où de la photo spectaculaire à souhait. Mes connaissances naturalistes sont donc d’un niveau très « commun » mais chaque sortie sur le terrain me fait progresser un peu plus. Ce que je recherche avant tout c’est une lumière, du mouvement et surtout un peu de mystère. C’est pour cela que je fais pratiquement toutes mes photos dans la brume du petit matin, été comme hiver.

C2medias, agence de communication interactive

 

Si tu devais n’en choisir qu’une dans ta photothèque, quelle photographie nous présenterais-tu ? Peux-tu nous en raconter l’histoire ?

Il y a dans la vie de tout photographe assidu un jour où on sait qu’on vient de faire LA photo. Ca m’est arrivé le 12 mai  2008 à 7h16’37’’…lors d’une séance d’affût flottant. J’étais dans l’eau depuis 5h30 du matin occupé à essayer de photographier des bruants des roseaux et des rousserolles effarvattes. Le maître des lieux, le cygne, était dans les parages de mon affût sans faire le moins du monde attention à moi. Chacun vaquait à ses occupations, le soleil se levait doucement, tout était calme.

 

Quand soudain j’entends derrière moi un vacarme incroyable que j’identifie très vite. Le cygne décolle pour chasser sans ménagement une bernache, ce qu’il fait très régulièrement en période de nidification. Je me retourne le plus vite possible –on est un peu pataud quand même dans ces affûts- et je vois le cygne qui me fonce droit dessus !!! Panique à bord et je déclenche en rafale en priant le ciel que les paramètres du boîtier soient les bons . Grâce au ciel ils l’étaient, la lumière était parfaite puisque le soleil venait de sortir juste derrière le cygne et que les gerbes d’eau soulevées par le cygne étincelaient dans la lumière… Trois photos réussies dans la fin de la rafale :proximité de l’oiseau et cadrage corrigé in extremis. Ouf !

 

 

 

Quels sont les photographes qui t’inspirent, ou desquels suis-tu assidûment le travail ?

Question difficile, parce qu’il y en a beaucoup qui m’attirent et je crois que c’est plus leur démarche qui m’inspire.

 

Il y a quelque chose que je déteste par-dessus tout, c’est le côté spectaculaire que prend la photo aujourd’hui. C’est sans doute lié aux concours dans lesquels beaucoup pensent que pour être remarqué, il faut nécessairement sortir le cliché de la « mort qui tue ». Je ne mets pas en doute la somme de travail que ces photos nécessitent ni les connaissances naturalistes qu’elles impliquent la plupart du temps mais je crois que ça peut aussi générer pas mal de dérives et je refuse de tomber dans ce piège. Et donc de plus en plus, les photographes qui m’attirent sont ceux qui « prennent du recul » par rapport à leur sujet. L’animal dans son environnement, le graphisme, la lumière, voilà ce qui m’inspire le plus.

 

 

Un avis sur le futur du métier de photographe ?

Je me pose beaucoup de questions sur la légitimité des photographes amateurs par rapport aux professionnels. Le numérique a vu se multiplier de manière exponentielle le nombre de photographes « Nature » et il y en a beaucoup de très bons, tous potentiellement concurrents des pros qui doivent vivre de la photo, impôts, charges sociales et tutti quanti compris. Comment éviter une concurrence déloyale, sinon en sautant le pas vers un statut d’indépendant légal ? Vaste question !

 

Tes récentes expositions, publications ?

Côté expos,  cette année 2011 est plutôt pas mal : Festival Natur’Images de Tignécourt,  Festival de l’Oiseau en Baie de Somme

 

De futures expositions, publications ?

Et les expos continuent puisque je serai en Novembre au Festival de Montier en Der

 

 

Un projet en cours ?

L’idée trotte depuis un moment et n’en est encore qu’au stade de projet. Sortir un livre sur le « Bambois mystérieux » que je connais. Mais je ne veux pas le faire seul. Sur ce site il y a beaucoup de bénévoles qui travaillent : des ornithos, des entomologistes, des botanistes… et je voudrais que ce livre soit aussi le leur.

 

Site Web : http://jp.frippiat.be

Mail : jpfrippiat@scarlet.be

 

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Equipe RevuePhoto