Interview de Florent Cardinaux

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Dans le paysage actuel de la photographie nature, le travail de Florent Cardinaux est particulier.
Ce que l'on retient de prime abord est son vif attachement à la technique argentique .
Mais, au-delà de cette particularité, le soin qu’il porte à ses lumières, à la façon dont elle transcende les sujets, ses cadrages, dénotent une utilisation finalement très personnelle, sensible et très moderne de la photo .

Présentation

E.V. Bonjour Florent, Comment décrirais-tu ton travail en quelques mots ?

F.C. : – La photographie de nature est pour moi une inquiétude de chaque jour. J’ai constamment à l’esprit des images que je m’efforce de concrétiser sur pellicule. La pensée dépasse souvent la réalité des sujets et des lumières, si bien que rares sont les réussites totales dans mon travail, il faut savoir rester humble. Le choix de l’argentique

 • Le nombre de poses limité semble pour toi, non une contrainte mais un avantage pour penser tes images ?

– Depuis mes débuts en argentique j’ai pris l’habitude de travailler mes cadrages et mes lumières, je ne déclenche en général que quand l’image sur le verre de visée résonne en moi. Je contourne donc la contrainte en avantage en préparant mes photos en amont.

• Cependant, quelles sont les contraintes/avantages du numérique sur le terrain ?

– Le numérique permet de n’emporter qu’un seul boîtier là où l’argentique exige un boîtier par sensibilité. Par contre l’argentique me semble plus pratique en voyage pour son indépendance énergétique et sa simplicité de mise en œuvre.

• Tu prépares énormément tes images : repérages ce qui est normal mais également réflexion sur les cadrages etc : l’argentique permet-il des photos instantanées aussi bien que le numérique ?

– Je pense que la notion d’instantané a la même valeur dans les deux techniques photographiques, de même que les repérages et la réflexion sur l’image que l’on veut obtenir. Plus on prépare une image, plus on met de chances de son côté pour la réussir, je crois plus à un hasard calculé qu’à une fortune accidentelle.

• Tu sembles apprécier le grain particulier de l’argentique, jusqu’à le renforcer en utilisant un papier très texturisé pour ta dernière expo ?

– Généralement j’utilise des films peu sensibles de 50 ou 100 ISO pour minimiser le grain et obtenir une grande fidélité des couleurs. Pour un projet en noir et blanc récent j’ai utilisé du film négatif à 6400 ISO, ce qui a donné un grain marqué, une matière aux tirages. Cette texture particulière convenait à merveille aux ambiances crépusculaires de blaireaux que je voulais transmettre.

• Question malicieuse : t’es-tu déjà essayé aux boîtiers numériques ?

– J’ai déjà manipulé des reflex numériques lors de sessions de stages, mais je n’en ai jamais utilisé pour mon travail personnel. J’utilise parfois un petit compact numérique assez ancien pour des photos de famille, pestant contre son autofocus facétieux, finalement je préfère le vieux Nikkormat bien plus fiable !

Matériel et technique

• Quel matériel utilises-tu ?

– J’ai plusieurs gammes d’appareils convenant à chaque type de sujet. En macro et photo animalière j’utilise du Nikon 24 * 36 avec des objectifs allant du 14 mm au 500 mm. Le moyen format Pentax 67 convient mieux à mon sens au paysage, je l’utilise avec des objectifs allant du 45 mm au 200 mm. J’ai aussi un sac avec un équipement Nikonos pour la prise de vue subaquatique, enfin depuis deux ans je mets en œuvre également une chambre panoramique 6 * 17 pour le paysage et les détails de nature. Les affûts du commerce ne me conviennent pas, je fabrique donc souvent les miens à partir d’éléments naturels trouvés sur place, à défaut le filet de camouflage est souvent une bonne base pour commencer.

• Développes-tu toi-même les images en couleur ?

– Le développement E6 des diapositives couleur est possible mais contraignant, c’est pourquoi je préfère les confier à un laboratoire parisien réputé (Rainbow color). En général, j’effectue un envoi par mois de 10 ou 15 films en formats 135 et 120, que je fais développer « en bandes ».
Je développe par contre moi-même le négatif noir et blanc en chambre noire, c’est la meilleure manière d’obtenir des résultats de qualité dans ce domaine.

L'approche naturalise

• Pratiques-tu d’autres types de photographie que la photo animalière ?

– Je dois avouer que non, la photo de nature prend tout mon temps disponible. J’ai fait quelques portraits humanistes réussis en noir et blanc, mais je trouve ce genre photographique ardu et complexe car il faut capter l’âme de son sujet en plus de son attitude et de la lumière.

• Quels sont tes sujets de prédilection ? On te connaît de belles macros d’insectes, les longues séances d’affût au Pèlerin, le blaireau, les petits passéridés en contre-jour…

– Au fil des années j’ai appris à m’intéresser à de nombreux domaines de la photo nature, je pense qu’un photographe s’enrichit dans l’éclectisme et progresse ainsi dans sa pratique. Suivant la saison je pratique la macro, comme l’approche des mammifères, les affûts flottants, la photo subaquatique ou la photo de paysage, rien n’est jamais vraiment figé dans mes programmes de prise de vue.

Expo et parutions

• Peux-tu nous présenter le livre “D’une Aube à l’autre” en vallée du Doubs

– Ce livre retrace mon travail en couleur du début des années 2000 en suivant le fil directeur de la lumière, du lever au coucher du soleil. La nature en images y est rehaussée de poésies « haïkus » écrites par un artiste jurassien. Ce premier livre a fait connaître mon travail au grand public ; je suis très redevable à l’éditeur Titom de m’avoir fait confiance dans la réalisation de cette œuvre.

• Une petite présentation de l’expo "Blaireau, l'ombre de la nuit" ?

– Il s’agit là d’un projet personnel qui me tenait à cœur depuis plusieurs années. Sur deux années à la belle saison j’ai affûté au crépuscule trois terriers de blaireaux en les photographiant en lumière naturelle. Pour cela, j’ai utilisé des films négatifs noir et blanc haute sensibilité en retravaillant ensuite le contraste et la densité des tirages sous l’agrandisseur. Un travail d’artisan de la prise de vue au tirage qui est extrêmement gratifiant pour le photographe.

Les projets

• Quels sont tes projets ?

– J’ai en préparation un prochain livre sur le Jura pour lequel je recherche des partenaires financiers et éditoriaux. Je travaille depuis quatre ans sur ce projet que j’espère voir aboutir d’ici quelques années.
Je poursuis également quelques sujets entamés depuis deux ans au gré des saisons et des opportunités, tout en continuant à animer des stages à thème à destination de photographes amateurs débutants ou confirmés.

• Quelle évolution imprimes-tu à ton travail ?

– Le public connaît bien mon travail animalier en couleur mais tout est en constante évolution chez moi, comme en témoigne mon retour au noir et blanc de mes débuts. J’aime changer et explorer toutes les voies de la photographie, il faut toujours avoir une longueur d’avance sous peine de se faire copier ses idées…

• Pour terminer, y a-t-il autre chose dont tu aimerais parler ?

– Depuis mes débuts dans la photographie, le métier a évolué mais est devenu plus difficile pour les professionnels. Une image, surtout de nature, représente un investissement personnel en temps et en matériel, qui n’est plus rémunéré à sa juste valeur. C’est un vaste débat qui nécessiterait un autre entretien…

• Merci à toi Florent, pour nous avoir accordé cette interview

– Merci de mettre en valeur mon travail au travers de cet échange.

Info pratiques :

Vous retrouverez sur le site web de Florent http://www.florentcardinaux.com/

– ses galeries,

– dates de stages photos ( stage macro les 24 et 25 mars 2012, aux alentours de Besançon )

– les dates d'expos et les détails de ses parutions

 

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Emilie Vanderhulst
Emilie est anthropologue. Photographe nature amateur, elle est par ailleurs guide naturaliste et ornitho pour Natagora.