Interview de Antoine Berger

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Bonjour Antoine, comment t’es venue cette passion pour la photographie ?

 

C’est venu progressivement … tout d’abord par mon père qui a toujours fait beaucoup de photos quand on était en vacances, avec de longues projections diapos ensuite. Quand j’ai voulu avoir un appareil photo, il m’a conseillé de prendre un vieux Nikon FE2 avec un 50mm. La meilleure méthode pour vraiment apprendre d’après lui … et il n’avait pas tort. Le côté tout manuel m’a forcé à comprendre et à apprendre.

J’ai ensuite continué pendant les missions de terrain en géologie durant mes études. On arpentait la montagne à la recherche d’affleurements. A force d’être « là haut », on finit toujours par rencontrer des lumières incroyables qu’on essaye d’immortaliser en photo, avec un succès assez aléatoire.

J’ai finalement vraiment franchi le pas après une mission scientifique en Islande pour ma thèse. Au retour, les images que j’avais faites n’étaient pas à la hauteur de mes envies. Je les ai soumises dans un forum photo pour comprendre ce qui n’allait pas. Et là j’ai réellement fait la démarche d’améliorer mes cadrages et d’apprendre des techniques propres au paysage comme les filtres dégradés gris, le polarisant, etc … 3 mois plus tard, je suis retourné en Islande et j’ai appliqué tout ça, avec le succès que j’espérais. Ce fut je pense l’acte déclencheur de ma dérive progressive vers la photographie.

 

Quel matériel utilises-tu ?

 

Depuis 5 ans, j’utilise un Nikon D200 auquel j’ai ajouté progressivement un AF-S 16-35 VR et un AF-S 24-120 VRII. En complément, j’ai quelques optiques AI-S (vieux objectifs manuels) : un 55 macro et un 80-200. Ce sont de très bonnes optiques et en paysage, l’absence d’AF est contournable.

En complément, une série de filtres dégradés gris ou gris neutre (dont un quasiment noir pour les poses très longues en pleine journée).

Pour la suite, j’espère passer au D800 assez rapidement.

 

Ton sujet ou tes sujets fétiches ?

 

Mon sujet favori, c’est la montagne. Et particulièrement les Alpes vu que j’y habite. Je me suis donc naturellement tourné vers le paysage. Et cela va du micro-paysage de glace dans un torrent pris avec une bague d’allonge, jusqu’au paysage grand format pris au très grand angle ou par montage panoramique.

Depuis 3-4 ans, j’essaye de me diversifier dans le reportage pour mes besoins pros ou la photo en proxi de fleurs ou d’insectes

De plus en plus, j’essaye de créer de nouvelles ambiances, soit en utilisant les poses longues en pleine journée ou en cherchant des graphismes dans le paysage à la limite de l’abstraction. Juste une lumière, quelques lignes et un jeu de couleurs … ça peut suffire à m’émerveiller, même si ce « décor » n’occupe qu’1% du paysage qui m’entoure. De plus en plus c’est vers ce détail que mon œil se dirige plutôt que dans le grand paysage avec une lumière incroyable. Même si je ne me prive pas si l’occasion se présente, j’essaye d’être moins dépendant des grosses conditions qui n’arrivent finalement pas si souvent que ça et de profiter également de lumières plus banales, en utilisant la composition, le graphisme, les couleurs.

 

 

Pour ces sujets, as-tu besoin de connaissances diverses supplémentaires (biologie, stylisme…), et si nécessaire, fais-tu appel à d’autres corps de métier ?

 

Pas particulièrement. Pour faire un beau paysage, il faut juste être sensible aux lumières, au graphisme, etc … mais ça s’apprend sur le terrain. Après, je pense que la géologie m’a appris la lecture du paysage et m’a forcé à le regarder d’un autre œil et de dépasser la simple contemplation.

Depuis 2 ans par contre, certains clients font appel à moi pour mes compétences en géologie. J’ai notamment réalisé une exposition artistique sur la géologie du Chablais. J’ai mélangé mes 2 passions pour produire des images atypiques de lieux géologiques et pour réaliser des panneaux pédagogiques pour expliquer les processus de formation.

 

Si tu devais n’en choisir qu’une dans ta photothèque, quelle photographie nous présenterais-tu ? Peux-tu nous en raconter l’histoire ?

 

Difficile de faire un choix … peut être cette image de la Pierre à Martin à Ballaison. C’est la « tête d’affiche » d’une exposition que j’ai réalisé pour la maison des Arts de Thonon. Ce n’est peut être pas la plus graphique, ou avec la lumière la plus dingue mais c’est un vrai travail de création qui réunit à la fois la photographie et la géologie. Je devais mettre en valeur cet énorme bloc de granite posé au milieu d’un champ de maïs. Il a parcouru plusieurs dizaines de km sur un glacier avant d’être déposé là il y a + de 15'000 ans, dans les collines du Chablais.

A force de tourner autour à la recherche d’une idée, d’une lumière, d’un angle, j’ai décidé de revenir de nuit et de l’éclairer à la lampe de poche pendant plusieurs minutes, et selon plusieurs angles pour la mettre en relief. C’est une de mes premières images de « recherche photographique ». Avec l’obligation de réussir vu que c’était une commande. Et j’ai adoré cela. Je pense que j’ai retrouvé là l’état d’esprit qui m’animait quand je travaillais encore dans la recherche en géologie. Se creuser la tête pour trouver une idée, un angle d’attaque qui n’ait pas encore été fait pour résoudre un problème et le mettre en valeur … c’est le principe même de la recherche. Et depuis cette photo j’essaie de l’appliquer le plus souvent possible dans mon travail. 

C’est pour moi un très grand plaisir d’avoir un problème en tête (pour réaliser une image), de développer l’idée pendant plusieurs jours et de revenir sur place pour la réaliser. Pour moi, un vrai travail scientifique et artistique à la fois. Parfois c’est la révélation dans des moments incongrues, sous la douche, avant de m’endormir ou en conduisant (je sais c’est mal).

 

 

Quels sont les photographes qui t’inspirent, ou desquels suis-tu assidûment le travail ?

 

Au départ, je pense que ce sont les photographes alpins comme Colonel, Labarbe ou Tairraz. Ce sont les images que je pouvais voir facilement dans les magazines, les librairies, etc … Ensuite j’ai découvert les grands photographes américains issus de l’école « Ansel Adams » ou encore le travail d’Olivier Grunewald sur l’ouest américain.

Actuellement, il y a tellement de photographes talentueux sur la toile que c’est dur de faire une liste ! Avec les nouveaux sites sociaux comme Google+ ou 500px, on finit par suivre des dizaines de grands photographes à travers la France ou le monde, qu’ils soient amis ou complètement inconnus.

En dehors de ces sites, Je suis vraiment fasciné par le travail de Bernard Edmaier, qui allie à la fois la photographie, l’art et la géologie à travers ses photos aériennes très graphiques, Mickael Kenna pour son incroyable travail en noir et blanc ou encore Edward Burtynsky pour ses paysages post-industriels. Pour ces 3 photographes, on retrouve toujours une recherche graphique, esthétique et épurée. Je trouve qu’ils ne se laissent pas piéger par la lumière et que quel que soient les conditions, ils créent des images où le cadrage et le graphisme fait 90% de l’image. Je trouve ça très fort.

 

Un avis sur le futur du métier de photographe ?

 

Ouh !! …ça va être dur de suivre le rythme. Je pense que pour les photographes qui ont déjà leur niche, une base de client confortable, ça devrait aller. Pour ceux qui arrivent actuellement sur le marché, ça risque d’être très difficile. Le marché est de plus en plus aléatoire. Pour ma part, j’espère que la branche géologique de mon travail photographique continuera à se développer. Pour l’instant c’est en bonne voie.

Après, sait-on jamais. Les choses bougent petit à petit, les consciences s’éveillent et beaucoup de pro se rendent compte qu’on ne peut plus cautionner certaines pratiques. Visiblement, il y a de l'avancée au niveau ministériel. On verra si ça aboutit.

La chose positive dans tout ça, c’est que de la difficulté nait la créativité. Je trouve que les photographes se démènent pour aller toujours plus loin, pour créer et surtout pour s’éclater. Beaucoup de pros autour de moi utilisent de plus en plus la création artistique comme exutoire, comme un besoin pour changer d’air et s’extraire de l’image plus lisse des reportages ou de l’illustration. En gros, quitte à couler autant donner tout ce qu’on a pour ne pas être dégoûté de la photographie … et au final, c’est le client qui doit être content, car il bénéficie aussi de cet état d’esprit !

 

Tes récentes expositions, publications ?

 

La dernière exposition a été présentée à la maison des Arts de Thonon et ensuite au festival de Montier en Der. C’est un travail artistique sur la géologie du Chablais. J’avais carte blanche pour prendre des photos de sites géologiques, et si possible faire des images très créatives et artistiques. J’ai vraiment adoré !

Côté publications, c’est assez calme. Quelques images dans la presse alpine ou dans les éditions Glénats. Rien de très important.

 

 

De futures expositions, publications ?

 

2 nouvelles expositions en cours de réalisation :

Tout d’abord, toujours commandé par la maison des Arts, je suis en train de finaliser une exposition sur l’eau dans le massif du Chablais, des images artistiques couvrant plusieurs volets : les sites naturels, l’érosion, l’utilisation économique de l’eau. Ce travail accompagnera une exposition de Hans Silvester issue de son important travail sur l’eau dans le monde entier. Elle sera présentée de fin mars à fin mai prochain !

La 2e est un travail plus intimiste sur la glace. Une série d’images sur des détails de glace prises ça et là dans les torrents et les lacs de ma région. Une bonne partie a été réalisée dans le torrent au fond de mon jardin ! C’est surtout une recherche sur le graphisme, les formes, les textures que peut prendre la glace au fil de l’hiver. Elle n’est pas encore programmée mais elle est désormais au catalogue de l’agence Variation d’Exposition, qui s’occupe notamment des expositions de Sabine Weiss ou de Pierre Boulat. Je n’ai plus qu’à croiser les doigts pour que cette expo intéresse les galeries !

 

Un projet en cours ?

 

Plusieurs !! …Je pense que je suis incapable de rester sans projets et sans rêves. Actuellement plusieurs idées en cours, plus ou moins avancées. La première est un vieux rêve, avec un ami géologue, de réaliser une expo et un livre sur la géologie des Alpes, d’un point de vue artistique. Avec l’expo sur le Chablais, la 1ere pierre est posée. On est actuellement en recherche de financement pour lancer le projet.

La 2e idée est de continuer à explorer le paysage de manière plus créative, en dehors des sentiers battus … notamment un travail artistique de paysage de montagne, de nuit, en light painting. Pour créer des ambiances éphémères et extraordinaires que seule la photographie peut révéler … ou une recherche graphique sur des d’arbres pris dans le brouillard et la neige.

 

Le mot de la fin, quelque chose à ajouter ?

 

RDV à 18h le vendredi 25 mars à la maison des Arts de Thonon pour le vernissage de l’exposition sur l’eau, avec Hans Silvester en tête d’affiche !

 

 

Site Web : http://www.alpesphoto.com

Mail : antoine@alpesphoto.com

Equipe RevuePhoto

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