Exposition/Interview de Josée Stroobants

Du 8 au 11 septembre 2011 dans le cadre de l’événement Rendez-vous avec Gorges Brassens organsiée à Bruxelles par l’asbl “Le Café de La Rue” se tiendra une exposition éponyme ainsi que l’exposition “Brassens ou la Liberté” fraîchement arrivée de La Cité de La Musique où elle s’est tenue avec succès plusieurs mois durant.

 

Cette première expo est constituée d’une soixantaine de photographies présentée par José Stroobants .

 

Rencontre avec cette femme étonnante qui a quitté sa Belgique natale à l’âge de 18 ans pour  devenir à Paris, la photographe attitrée de Georges Brassens.

 

E.V.: Bonjour Josée, parlez-nous de votre expérience de photographe. Vous avez commencé à pratiquer la photographie en 1940 fort tôt, chose peu commune pour une femme . Un parcours des plus extraordinaires .

J.S. : Oui, d’autant plus que c’était la guerre et que je n’avais  alors que 17 ans. Les femmes photographes étaient fort rares et c’était même très mal vu.

J’ai commencé à travailler pour  un patron et en laboratoire donc au développement des films. Ce premier studio était le studio Luminor. J’ai ensuite changé plusieurs fois de laboratoire, c’est une chose que j’appréciais car je pouvais me former à des techniques différentes. En effet, chaque laboratoire avait sa façon de travailler qui lui était propre . J’ai beaucoup appris de la sorte. Ce n’est que par la suite que j’ai fait du reportage .

 

E.V. : Lorsque vous avez débuté la reportage, vous débutiez la photo proprement dite, hors des labos. Quel type de matériel utilisiez-vous?

J.S. : Un matériel peu encombrant et très moderne : le Rollei Flex 6×6. Un appareil fort cher à l’époque. Certains reporters en utilisaient.

Je partais avec mon flash qui était alimenté par des batteries que l’on portait sur le ventre. Il fallait absolument un flash car les films n’avaient pas les sensibilités à la lumière des films et appareils d’aujourd’hui. Quelle est la sensibilité maximum à laquelle on arrive aujourd’hui ?

 

E.V. : Certains réflex numériques peuvent “monter” jusqu’à 3200 ISO d’autres même à 6400 ISO.

J.S. : C’est cela, nous avions des films Tri-X et même développés ils restaient gris .

 

E.V. : Savez-vous à quelle sensibilité cela correspond aujourd’hui ?

Indication du mari de Josée Stroobants, : la sensibilité maximum des films Tri-X Kodak après-guerre était de 400 ISO .

J.S. : En reportage, on ne disposait que de 12 poses donc lorsque l’on avait effectué  les 12 vues, il fallait vite placer un nouveau film.

 

E.V. : Il  fallait donc également prévoir une provision de films au départ du reportage.

J.S. : Tout à fait.  Le développement était long : il fallait  ouvrir le film, le passer au révélateur durant un temps précis puis fixer l’épreuve dans un bain d’acide et ensuite rincer le tirage dans un bassin. C’était un processus long et compliqué mais la qualité était là et pour longtemps. Les épreuves de mon exposition ont plus de 30 ans et elles n’ont pas bougé, négatifs et épreuves sont impeccables .

 

E.V. : A la lecture de votre livre, “ Une vie d’amitié avec Georges Brassens" on comprend que le choix qu’à fait Georges Brassens en vous établissant comme photographe officielle est issu d’un vrai coup de coeur. Savez-vous ce qui a tant frappé Georges Brassens dans votre travail ?

J.S. : J’ai connu Georges car je travaillais comme photographe pour Mr André Tilieu et je l’ai accompagné à cette occasion auprès de Georges lors d’un concert ( à l’Ancienne Belgique ) . Il se prêtait toujours à des photographies mais n’en recevait jamais en retour. Lorsque j’ai travaillé pour lui, il recevait  mes photographies : je fournissais les photos en double, pour Mr Tilieu et pour Georges.

 

E.V. : Georges Brassens était-il lui-même passionné de photographie ?

J.S. : Oui depuis son jeune âge,. Il avait lui-même un laboratoire “ chez Jeanne” et faisait des photos et pouvait les développer dans son labo .

 

E.V. : Vous présentez dans votre expo des photos de scène et des photos de l’intimité. Etait-ce pour vous photographe la même démarche et la même technique ?

J.S. : Ce qui était important pour Georges, c’était la détente. Il était charmant à tous moments en coulisse, entouré de ses amis et même avant d ‘entrer sur scène, je n’avais jamais aucun problème pour le photographier. On commence à connaître fort bien cette photographie où il fait le poirier, il était comme ça : c’était un homme toujours agréable  .

 

E.V. : C’est une facette de Georges Brassens qui touche dans vos photos, C’est ce que vous vouliez restituer dans vos images?

J.S. : Moi, je photographiais par plaisir et pour faire plaisir à Georges . Oui, comme cette photo avec la galette des rois ou celle où il arborde des plumes sur la tête .

Lorsqu’il était sur scène, il avait un petit rire intérieur alors qu’il chantait des chansons plus grivoises, comme s’il disait au public : tiens attrape ça !

 

E.V. : Vous êtes également légataire de tout un précieux fond photographique de Georges Brassens. Cette expo a aussi pour but de le mettre en valeur comme vous l’aviez fait en faisant paraître votre livre “chez Jeanne “

J.S. : Oui, ces photographies,  Georges me les a confiées, ce sont des photos où on peut le retrouver depuis son enfance, plus tard chez Jeanne, dans sa vie intime…

L’exposition a énormément de succès et les gens ont toujours beaucoup de plaisir à la voir.

 

E.V. : Savez-vous en combien de lieux, déjà, vous l’avez présentée ?

J.S. : Non, on aurait du les compter,  elle fonctionne très bien depuis maintenant plusieurs années .

 

E.V. : Josée, un grand merci pour cette interview, j’ai hâte de découvir votre exposition .

Avez-vous encore un mot à dire sur l’expo ?

J.S. : Oui, il y aura également des séances de dédicace de mon livre “Une vie d’amitié avec Georges Brassens” et l’exposition “Brassens ou la Liberté” qui s’est tenue à la Cité de la Musique et deux concerts .

 

Infos pratiques :

“Rendez-vous avec Georges Brassens”  et “exposition “Brassens ou la Liberté” du organisé par l’asbl “Le Café de La Rue “avec le concours de l’Ambassade de France en Belgique .

• concert-événement le 10 septembre à 20h00

• expo du 8 au 11 septembre 2011

• de 10h00 à 21h00

• présence de l’auteur Josée Stroobants tous les jours de 15 h00 à 18h00

• infos et réservations au +32473505875

• Campus du Ceria, Auditorium Jacques Brel bâtiment 6 avenue Emile Gryzon 1, 1070 Bruxelles.

http://www.brassens.be

Bibliographie
  • Josée Stroobants, Une vie d'amitié avec Georges Brassens, éditions Didier Carpentier, septembre 2006
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  • Josée Stroobants, Éric Zimmerman, Georges Brassens… Chez Jeanne, 1944 – 1952, album de photographies, préface de Pierre Onteniente, éditions Didier Carpentier, février 1997

 

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Emilie Vanderhulst
Emilie est anthropologue. Photographe nature amateur, elle est par ailleurs guide naturaliste et ornitho pour Natagora.