Entretien avec Yvan Barbier et Philippe Toussaint

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Comme vous l’annonçait Christophe Raynaud dans l’un de ses articles,

https://www.revuephoto.com/2011/08/exposition-ephemeral-beauty/

Deux photographes de talent : Yvan Barbier et Philippe Toussaint s’apprêtent à présenter une exposition commune de macrophotographies .

« Ephemeral beauty »  vous transportera en douceur dans leurs univers délicats, peuplés d’êtres minuscules et poétiques .

L’exposition se tiendra du 23 septembre au 08 octobre à l’espace photographique « The Wild Side » à Bruxelles, un espace nouvellement créé par Jean-Claude Lehoucq et exclusivement consacré aux expositions de photographie nature. Yvan et Philippe se sont aimablement prêtés à une petite interview. Faute de pouvoir les interroger simultanément, voici une réunion de leurs réponses respectives .

 

 

 

• E.V. : Bonjour à vous. Pouvez-vous nous parler, en quelques mots, de votre travail photographique et de vos inspirations ?

Y.B.  : Je suis particulièrement attiré par la macro et la proxy-photographie.  Mon inspiration, c'est dans la nature que je la trouve.  Ce sont les insectes en général et les papillons en particulier qui m'inspirent le plus. Leur diversité de formes, de tailles, de couleurs semble infinie.

Ph.T : Etant assez opportuniste, et ayant la chance de  travailler journellement dans la nature dans une région encore riche en bio-diversité, il m’est donné d’être en permanence à l’écoute et aux regards des signes de la nature.

La photo me permet de rendre témoignage de cette bio-diversité dans tout ses états.

 

• E.V. : Vous allez exposer de concert, avez-vous l’habitude également de travailler ensemble sur le terrain ?

– Ph.T. : Nous nous connaissons depuis plusieurs années au travers d’expositions et de rares rencontres sur le terrain, ce qui ne m’empêche pas d’apprécier le travail d’Yvan .

 – Y.B. : Il nous est déjà arrivé de faire l'une ou l'autre sortie ensemble mais l'éloignement géographique nous empêche malheureusement de faire cela régulièrement.

On peut noter que Philippe et moi avons en fait le même employeur.  Nous sommes tous les deux des fonctionnaires de la Région wallonne.  Philippe travaille au D.N.F. (Département de la Nature et des Forêts) où il s'occupe de la gestion d'un triage et moi je travaille au D.E.M.N.A. (Département d'Etude du Milieu Naturel et Agricole ) où je m'occupe de la gestion des données biologiques en vue de leur utilisation notamment pour la conservation de la nature.

 

• E.V. : Quel matériel utilisez-vous, et cela a-t-il une importance forte à vos yeux ?

Y.B.   J'utilise pour le moment un boîtier Nikon D700 et une série d'objectifs macro allant du 60 au 200mm.  J'utilise également beaucoup le 300mm f/4 pour la proxy.  Le matériel a bien sûr une grande importance pour la qualité des photos mais il ne fait pas tout 🙂

-Ph.T. : Pour moi, le matériel n’est pas le plus important. J’utilise actuellement un boîtier Nikon D700 et objectif Nikon macro 105mm et 200mm , objectif 300mm f/4, Sigma 500mm f /4.5 .

 

• E.V. : Quel est votre biotope de prédilection?

Ph.T. : Tous les biotopes m’intéressent, mais c’est vrai que j’ai un faible pour les pelouses calcaires.

 –Y.B. : J'aime particulièrement les pelouses sèches type pelouses calcaires.  C'est un biotope extrêmement diversifié, tant du point de vue de la faune que de la flore

 

• E.V. : Sortez-vous à tous moments pour pratiquer la macro (hors périodes plus venteuses j’imagine) ou certains moments/conditions climatiques vous inspirent-ils particulièrement ?

– Ph.T. : La lumière est un élément essentiel pour les sorties sur le terrain. Les moments de lever et coucher de soleil sont des moments privilégiés. Mais j’apprécie aussi les éléments extrêmes : le givre, la glace, la neige et aussi la pluie.

 – Y.B. :  La période de l'année pendant laquelle je fais le plus de sorties s'étale de fin mai à début août.  C'est le moment où la diversité est à son maximum et où on rencontre le plus d'espèces.  Je sors de préférence très tôt le matin ou tard en fin de journée.  C'est à ces moments que la lumière est la plus belle.  En outre, les insectes sont en général plus calmes et le vent plus faible.  L'inconvénient, c'est que certaines espèces sont invisibles à ces heures.  Il faut alors venir en pleine journée pour les voir mais les conditions ne sont plus idéales.

 

• E.V. : Yvan, justement, que fait un photographe spécialisé en macro durant l’hiver lorsque ses sujets de prédilection se font discrets ?

– Y.B. : Je fais moins de photos en hiver mais j'en fais quand même, il y a toujours des sujets dans la nature.  Il faut simplement en chercher d'autres en hiver.  Je profite aussi de la morte saison pour mettre de l'ordre dans ma photothèque, c'est une opération indispensable mais consommatrice de temps!

 

• E.V. : Vous êtes tous deux d’excellents naturalistes, vous tenez à cette connaissance de votre sujet …

– Y.B. : Je pense que c'est en effet important.  La bonne connaissance des espèces que l'on photographie permet de ne pas faire de bêtises sur le terrain.  Certaines espèces sont très fragiles et survivent grâce à un équilibre précaire.  Le photographe doit toujours veiller à faire le moins de dérangement possible et les connaissances naturalistes permettent justement d'éviter cela .

Par ailleurs, les connaissances naturalistes permettent de bien cibler le biotope et le moment de l'année pour faire les sorties.

– Ph. T. : La photo m’a permis d’apprendre beaucoup dans l’identification des espèces, surtout en botanique et entomologie.

 

• E.V. : Privilégiez-vous une espèce rare voir une espèce précise ou une belle lumière ?

– Ph.T. : Si c’est possible, je privilégie la belle lumière et ensuite je tente d’inclure le sujet comme en ce moment, avec le brâme du cerf… Dommage, il pleuvait !

– Y.B. :  Je privilégie avant tout les lumières et les ambiances.  L'espèce rare n'est que la cerise sur le gâteau, je ne la recherche donc pas à tout prix.

 

• E.V. : Y a-il une photo particulière que vous aimeriez faire ou que vous avez en tête ?

Y.B. :  J'aimerais faire des photos d'insectes en mouvement mais cela implique toute une technique qui me rebute un peu.

– Ph.T. : Pas spécialement. Par contre,  il y a des sorties où l’on ressent des émotions positives qui vous donnent parfois d’agréables satisfactions.

 

• E.V. : Pouvez-vous nommer une photo de votre production qui vous tiendrait à coeur ?

– Ph.T. : Peut-être, celle que je ferai demain !

– Y.B. : Celle-ci : :http://www.yvanbarbier.com/galerie/2009/printemps/Aporia_crataegi_BRB6923.jpg.php

C'est une photo que j'ai faite au printemps 2009 lors d'une sortie avec mon ami Patrick Croix.  Nous n'avions rien trouvé de particulier et nous discutions en marchant lorsque nous aperçûmes quelques gazés [ ndlr : lépidoptères aux ailes  diaphanes rappelant le tissu de gaze ] posés sur des marguerites.  Le soleil était déjà relativement haut mais ses rayons n'atteignaient pas encore les papillons.  Je sentais bien qu'il y avait une bonne photo à faire mais il a fallu plusieurs dizaines de clichés et pas mal d'essais de cadrage pour trouver la bonne.  C'est un très bon souvenir.  L'image a ensuite été primée au Festival Nature Namur cette année là.

 

• E.V. : Y a-t-il un ou des photographes dont le travail vous inspire ?

– Ph. T. : Tous les photographes respectueux de la nature méritent d’être connus pour leur travail, leur patience, la persévérance et le temps passé, seul, perdu dans la nature .

– Y.B. : Il y a pas mal de photographes qui m'inspirent ( je ne cite pas de noms, ils se reconnaîtront! ) mais j'essaie, dans la mesure du possible, de ne pas "recopier" et donc de garder une relative liberté d'esprit. 

 

• E.V. : Philippe, le martin dans la neige, la serpent dans les eaux, le papillon au-dessus des flots, les points forts de vos photos semblent être la surprise, la captation de l'instant  …

– Ph. T. : En quelques sortes, oui, si le sujet est ciblé mais on ne sait jamais à l’avance  ce que la nature nous réserve comme surprise.

 

• E.V.: Yvan, vos photos revêtent une tonalité très particulière, il y a un vrai travail sur les ambiances et vous semblez privilégier les cadrages moins serrés qui incluent l'environnement …

– Y.B. :  Oui, tout à fait.  Quand j'ai débuté la macro, c'était essentiellement pour illustrer des espèces.  A l'époque je cherchais à montrer une espèce et j'ignorais le reste.  Je cherchais un maximum de profondeur de champ et de détails.  Maintenant, si je montre toujours des espèces, j'essaie de les intégrer dans leur environnement tout en veillant à l'esthétique générale de la photo et en ne faisant plus la chasse à la profondeur de champ.  C'est un peu plus compliqué car le moindre détail "parasite" se voit immédiatement dans la composition.

 

• E.V.: Sur vos images, les lumières sont très douces et  très naturelles, l'utilisation du flash ne semble pas systématique…. 

– Y.B. : En effet, je privilégie toujours la lumière naturelle.  Si nécessaire et quand c'est possible, j'utilise parfois un petit réflecteur pour réfléchir la lumière sur le sujet quand il est à contre-jour.  Je n'aime pas trop les photos au flash, mais c'est peut-être parce que je ne sais pas bien m'en servir 🙂

 

• E.V. : Philippe, vous pratiquez également la photographie d’oiseaux, on se souvient du Torcol de Montier en 2008… Choisissez-vous d’emporter l’objectif macro ou les longues focales selon l'inspiration ou décidez-vous de vos buts de sorties avant votre départ ?

– Ph.T. : En général, oui, justement pour prévoir le matériel. Par contre, on regrette souvent de ne pas avoir pris un objectif en plus !

 

• E.V. : Concrètement, la macrophotographie relève-t-elle chez vous de la même démarche que la photo d’oiseaux ou est-ce pour vous une préparation et une pratique fort différente ? ( billebaude / affût, etc…).

– Ph.T. : Pour moi, c’est assez différent, l’affût oiseaux et mammifères nécessite le plus souvent des affûts fixes ou mobiles (tentes) .

 

E.V. : A ce propos, préférez-vous vous placer en quelques sortes « à l’affût » , auprès d’une plante attractive par exemple, et attendre la petite faune ou disposez-vous de « techniques d’approches » pour côtoyer les insectes les plus timorés sans les faire fuir ?

– Ph.T. : Pour ma part, c'est le plus souvent en cours de prospection que l'oeil aiguisé remarque l'insecte qui butine.

C'est l'approche qui reste le plus souvent l'opération la plus délicate, mais grâce à des objectifs type macro 200mm ou 300mmF4, le dérangement est limité.

– Y.B. : Je suis plutôt opportuniste, je réagis en fonction de ce que je découvre en arrivant sur le terrain, de la lumière et des espèces présentes.  Ensuite, c'est l'inspiration qui fait le reste, souvent modulée par les conditions (vent, etc…) .

 

• E.V. : Yvan , vous avez cette année dispensé à Bruxelles un cours-conférence sur la technique de la macro, est-ce un exercice régulier ?

– Y.B. :  Sous cette forme, ce n'est pas très courant.  Par contre, je suis formateur "macro" pour les stages qu'organise la Maison de la Biodiversité à Obourg (près de Mons).  Ces stages rencontrent un bon succès.  Transmettre mon expérience et échanger avec les autres est une pratique que j'affectionne.  C'est enrichissant pour les stagiaires mais aussi pour le formateur !  Pendant ces stages, je dispense une courte formation théorique, j'encadre plusieurs sorties sur le terrain et nous faisons une analyse critique des images faites lors de ces sorties (voir www.photo-biodiversite.be) .

 

• E.V. : Philippe, pourriez-vous glisser un mot sur l'aventure de l'auto-édition de votre livre “Pays Sages” ?

– Ph.T. : Ce fut un travail agréable réalisé à quatre : Anne Léger s'est attelée  au texte,

Jacques Cornerotte, à la composition du livre. Ma fille, Adeline, a calligraphié le texte des photos. Nous avons tous gardé un bon souvenir de cette aventure.

• E.V. :  De votre côté, Yvan, avez-vous des projets de publication?

– Y.B. : C’est encore assez vague mais vu le nombre de sollicitations, il faudra que je m'y mette .

 

• E.V. : Pour revenir à l’expo : pouvez-vous nous présenter brièvement “Ephemeral Beauty”?

– Ph.T. : C’est un hymne, tout en couleur dédié à la nature et à la bio-diversité .

– Y.B. : En quelques mots, je dirais que c'est une exposition qui nous révèle que la beauté de la nature est toute proche.  Il ne faut pas aller vers des destinations exotiques pour trouver tout cela puisque la grande majorité des photos présentées ont été faites chez nous, en Belgique!  

 

E.V. : • Pour clore l'entretien, y a-t-il une dernière chose que vous voudriez dire ?

– Y.B. : Venez nombreux, nous vous accueillerons avec grand plaisir!

– Ph.T. : Que cette expo sensibilise le public au respect et à la sauvegarde des milieux  naturels menacés.

 

Infos pratiques

23 septembre au 08 octobre à l’espace photographique « The Wild Side » . 184 Av Jean Van Horenbeek 1160 Bruxelles .

Toutes les infos relatives à l’exposition  et à la présentation des photographes :

https://www.revuephoto.com/2011/08/exposition-ephemeral-beauty/

 

Forcément : sur la toile 🙂

• Philippe Toussaint, la nature simplement http://www.philippetoussaint.com/

• Yvan Barbier, un regard sur la nature http://www.yvanbarbier.com/

Renseignements sur les cours-conférences dispensés par Yvan Barbier : http://www.photo-biodiversite.be

 

Publications

• « Pays Sages » , Philippe Toussaint (photographies) et Anne Léger (textes) mise en page de Jacques Cornerotte, auto-édition, 2008, 132p .

 

 

Emilie Vanderhulst
Emilie est anthropologue. Photographe nature amateur, elle est par ailleurs guide naturaliste et ornitho pour Natagora.

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