Edmond Dauchot, photographe de l’Ardenne

Edmond Dauchot (1905-1978)

C’est Philippe Stoop passionné et fin connaisseur de photo et de nature, habitué de la région de Nadrin, qui a attiré mon attention vers le travail unique d’Edmond Dauchot .

L’exposition du musée en Piconrue à Bastogne et l’album-catalogue qui en est issu :  “L’Ardennais” nous offrent une occasion d’évoquer ici ce photographe et son oeuvre .

Edmond Dauchot naquit en 1905 à Gosselies où il était destiné à une carrière dans la briquetterie familiale .

Touché, comme il y a lieu de l’être, par le charme ombrageux de l’Ardennes, il quitte la ville en 1930 pour s’installer à Ollomont, non loin de de Nadrin, dans la province du Luxembourg .

le photographe- promeneur

Etabli en Ardennes, dès 1934, il a entamé l’oeuvre d’une vie, un travail photographique titanesque.

Equipé d’un Rolleiflex, l’un des premiers appareils portatifs, il a parcouru infatiguablement la région d’Ollomont .

Durant des années, il a observé et photographié la vie quotidienne, souvent rude, des Ardennais .

Paysages, vues d’ensemble, portraits : toute l’affection que Dauchot portait à cette Ardenne et aux Ardennais se ressent au travers de ces noirs et blancs chaleureux .

Vie des villages, des champs, bois et rivières

Nous lui devons ces clichés des habitants des villages, de leur vie sociale et familiale, des événements qui rythmaient leur année .

Dauchot s’est également intéressé à leur vie laborieuse : aux travaux des pâtures, des champs et des forêts . Nombre des métiers ou des usages renseignés de la sorte ont aujourd’hui disparu .

Ainsi en est-il de la récolte des écorces destinées aux tanneries, de la collecte de fougères qui serviront de litière au bétail… Révolu également le temps des fenaisons ou des moissons effectuées à la faux, des récoltes rapportées au fenil sur des charrettes, des labours aidés de boeufs et de chevaux…

Dauchot n’a pas oublié la rivière qui jouxtait Nadrin . L’Ourthe était le théâtre de nombreuses activités . On y pêchait bien sûr : à la corde, à l’épervier ou encore à la main.

Les rivières étaient utilisées, davantage qu’aujourd’hui, comme voie de communication . On y transportait, par flottaison, les fûts d’arbres coupés qui dérivaient jusqu’à La Roche ou Barvaux .

Le patrimoine bâti apparaît aussi sur les clichés. Dauchot a promené son objectif dans les intérieurs , immortalisant le mobilier tel ce poêle ardennais et des scènes de la vie domestique . Certaines scènes présentent des aspects intemporels comme ces deux amis sur un banc.

Enfin, la nature de cette dure et belle région, l’influence qu’elle exerce sur les modes de vie des habitants, a produit une forte impression sur Dauchot . Elle n’est jamais loin dans ses images et il lui rend un hommage appuyé .

Un témoignage unique à valeur documentaire

Avant-guerre déjà, Edmond Dauchot pressentit les changements qui modifieront en profondeur ces modes de vies ruraux qu’il affectionnait . Le tourisme, la modernisation de certaines techniques, les changements sociaux intervenus après-guerre eurent raison de nombres d’usages, de métiers et de gestes qui y étaient attachés .

Loin de constituter une collection de clichés pittoresques et folkloriques, ce travail s’apparente davantage à un travail de collecte ethnographique .

Edmond Dauchot eu l’intelligence de consigner en parallèle ses observations sous formes d’écrits rangés méthodiquement dans des classeurs . Pour chaque cliché, il a relevé la date et le lieu de la prise de vue mais aussi très souvent le nom de la personne photographiée .

Aidée parfois du savoir de spécialiste (c’est le cas pour ce livre commenté par Albert Moxhet ), la lecture de ces notes éclaire aujourd’hui des scènes de vie qui, non légendées, resteraient énigmatiques .

Studio LILLE laboratoire impression fine art specialiste couleur

L’artiste

Edmond Dauchot fut peintre paysagiste d’abord, photographe ensuite. ( Notons qu'il développait lui-même ses clichés) . Il s’est également essayé à la linogravure durant la Seconde Guerre .

Dauchot privilégiait l’émotion et le sujet à la technique dans ses images.

Mais s’il se montrait très modeste quant à ses prétentions artistiques, ses oeuvres sont dotées d’un véritable attraît esthétique .

Vous serez sans conteste émus par la beauté de ces documents passionnants et touchants .

La gestion du fond photographique

En 2011, la famille d’Edmond Dauchot a confié la gestion du fond photographique de son aïeul au Musée en Piconrue à Bastogne .

Le désir de la famille était de permettre la valorisation de cette oeuvre composée de plus de 18000 négatifs .

Depuis, le musée relève le défi au travers d’expositions et de publications comme celles dont il est ici question .

Un livre et une exposition

Les oeuvres d’Edmond Dauchot ont, de son vivant déjà, fait l’objet de publications .

C'est un catalogue agrémenté des textes et du savoir de l’écrivain Albert Moxet que le musée nous propose ici, à l’occasion d’une exposition de près de 200 clichés .

L’exposition se présente en plusieurs volets thématiques :  le photographe, son oeuvre mais également les techniques photographiques de l’époque .

Deux formules ludiques sont aussi proposées aux enfants.

 De 5 à 8 ans , munis d’une petite valise, ils pourront collecter divers éléments au fil de l’exposition . Les plus grands, de 9 à 14 ans, seront eux invités à compléter un “carnet de route” et pourront se familiariser à la pratique de la gravure .

 

Informations pratiques :
Album catalogue

“L’Ardennais, photographies d’Edmond Dauchot”

Textes d’Albert Moxhet

2012, Parution du Musée en Piconrue

324 p, 226 photographies

Format 23 x 20,5 cm

30 €

 

Exposition

Du 28/04/2012 au 30/06/2013

Du mardi au dimanche

De 10h00 à 18h00 (dernière entrée à 17h00 )

Tarifs et détails complémentaires : http://www.piconrue.be/fr/informations-pratiques/

Lien internet utile

http://www.piconrue.be

 

Les petits plus

Philippe Stoop a photographié la maison de Edmond Dauchot et les environs d’Ollomont tels qu’ils apparaissent aujourd’hui. Une vraie invitation au voyage . Retrouvez ici ces beaux documents en suivant ce lien :

http://www.flickr.com/photos/35699272@N00/3729135746/in/photostream/

http://www.flickr.com/photos/35699272@N00/

 

Bibliographie

• “Edmond Dauchot, Ardenne bien aimée” préface d'André Dhôtel, , Editions J. Duculot, Paris-Gembloux ,1976.

• “ Edmond Dauchot : le photographe de l'Ardenne d'autrefois”, introduction de Georges Vercheval, un témoignage de René Henoumont ,  postface d'André Dhôtel, éditions La Renaissance du livre, Tournai,  2000

• “Edmond Dauchot : Ardenne buissonnière,  Journal et photos 1937-1971”, Jean-Pierre Orban , éditions Duculot, Paris 1984    

• “Ardenne : 35 photographies d'Edmond Dauchot” Octave Servais, Bruxelles-Liège, PIM services, 1958.

• L'Ardennais, photographies d'Edmond Dauchot, commentaires d'André Moxhet, Le Musée en Piconrue, Bastogne, 2012 .

 

Remerciements et sources

Merci au Musée en Piconrue son directeur et son équipe pour leurs informations et la mise à disposition des images  .

Emilie Vanderhulst
Emilie est anthropologue. Photographe nature amateur, elle est par ailleurs guide naturaliste et ornitho pour Natagora.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Newsletter