Portfolio : “Chez Ana: le poids des maux”

Chez Ana : le poids des maux par Dorianne Wotton

 

La série « Chez Ana: le poids des maux » est une série réalisée en 2010.

 

Matériel utilisé:

-Canon Eos 450D

-Objectifs: Sigma 18-70, F,2,8 /4 et Canon 50, F1,8

 

Jusqu’aux récents débats qui auront vivement animé le milieu de la photographie, jamais l’idée de mettre en image ce « poids des maux » ne m’avait effleuré.

Pourtant, mon statut de « photographe » n’a pas manqué d’être interpellé lorsque le media artistique que je privilégie fut présenté comme l’un des « vecteurs de l’anorexie».

En effet, à travers ma démarche, j’ai toujours eu à coeur de tâcher de réinterroger cette propension culturelle à classer, ranger, vouloir normaliser, masquant ainsi une difficulté majeure à accepter la diversité, l’altérité, le corps autre, étrange, étranger.

 

En voilà un comble! Loin de nier d’éventuelles corrélations, la photographie comme principal vecteur d’une maladie me semblait trop simpliste.

Quand on sait que certains magazines, en réponse à certaines injonctions, ont fait du « naturel » un argument marketing… laissant traîner dans leur magazine garanti « 100% sans retouche » 1/4 de contenu qui sont des publicités… retouchées!

Quand on sait surtout que les patient(e)s souffrant de troubles du comportements alimentaires se moquent des clichés sur papier glacé (preuve en est: leur corps si décharné est bien éloigné des standards esthétiques!!!!) et que la maladie trouve plus souvent ses racines dans l’environnement personnel.

ET quand on sait le manque cruel de moyens pour soigner ces patient(e)s!

 

Que faire?

 

Deux possibilités s’offraient à moi quand l’idée de faire cette série a émergé.

Soit me taire, ne pas rentrer dans le débat, rester dans le silence et, in fine, laisser courir une représentation souvent erronée de la maladie (en particulier celle véhiculée par les mass medias, avides d’audience et de sensationnel!).

Soit « témoigner », montrer l’atrocité de ce que l’on ne veut pas voir, de ce mal si méconnu, mais dont tout le monde parle à tort et travers!

 

Il est si difficile de mettre des mots sur cette maladie du silence, qui fait tant souffrir ceux l’entourage… Laissons parler les images. Laissons voir ce que l’on ne veut pas montrer. Laissons voir ce que les mass medias (toujours eux!), qui plantent leurs caméras dans les établissements de soin, omettent de dire (racoleurs mais pas trop!): en dehors de ces murs (et des traitements parfois indignes), il y a une personne, malade, seule, isolée, perdue, culpabilisée et culpabilisante. La réalité est moche. Son quotidien est moche. Son corps aussi probablement, mais elle ne peut plus le voir…

 

Alors j’ai finalement pris le parti d’assumer les potentielles incompréhensions et de témoigner de la réalité d’une malade. En effet, il serait prétentieux de donner à cette démarche une quelconque « utilité publique ». Néanmoins, il me semblait important de « profiter » de ma démarche photographique pour donner à voir autre chose qu’une vision sensationnelle et erronée de la maladie.

Le hasard d’une rencontre avec Liloo, ce petit être enchaînée, déchaînée, prisonnière de son corps cachot, aura fait le reste…

 

Cette série ne manque pas de lever la glissante question du prisme du média et de l’approche vériste de la photographie. C’est un débat que je laisse volontiers aux spécialistes. Mais je me réserve le droit de penser qu’il faut permettre aux choses de se donner à voir, délivrées des codes de la représentation, des rapports codés entre formes visibles et production d’effets de signification. Mais je tiens à dire avec force, car c’est important à mes yeux, que ma démarche ne se veut absolument pas pro-ana. Sur ce dernier point, que faut-il faire? Se cacher pour ne pas donner de grain à moudre à des malades zélés? J’ai conscience que la frontière est ténue, le soupçon latent et le risque grand de se voir ainsi poser ce type d’accusation. Pour autant, il s’agirait là d’une forme de censure que je ne tolère pas…

 

 

J’ai probablement voulu parler de tout cela. Ou de rien. A vous de juger… Je préfère que chacun puisse voir dans cette série ce qu’il veut y voir. J’ai encore confiance en la capacité de discernement des individus. Une foule de questions me titillent néanmoins: si cette maigreur était consécutive à une autre maladie (ou à un autre fait), aurions-nous le même débat? Ne touchons-nous pas là à un panel de questions plus larges, par exemple celles qui touchent à la sensibilité si vite heurtée de nos contemporains dans une société aseptisée? J’ai conscience de ce que ma ….démarche peut parfois avoir ici d’insupportable, d’angoissant et d’inquiétant pour l’esprit humain avide de certitudes et de faux-semblants rassurants… …. Ainsi, me voilà à écrire ces surréalistes intentions, à tenter d’expliquer l’inexplicable.

 

Il n’y a aucune certitude quant à ce que j’ai voulu montrer. Ni de ce que j’ai vu. Ni de ce que vous voyez. Ni de ce que les autres voient. L’objectif révèle la subjectivité. Que nous dit ce corps? Ce visage? Cet être? Cette chose? Cette lumière? Tristesse? Affliction? Espoir? Beauté? Mélancolie? Vie? Mort? Faim? Fin? Vérité? Leurre?

Est-ce la vérité nue?

Est-ce qu’en jouant avec l’objectif, j’ai triché, truqué, manipulé?

Est-ce qu’en jouant avec l’objectif, le personnage joue, ment, trompe, montre, démontre, appelle, interpelle? A vous de voir…

 

NB: Cette série n’a pas vocation à traiter de la « représentation du corps chez les malades souffrant de troubles du comportement alimentaire » d’un point de vue clinique.

Je me contenterai de dire que, effectivement, cette représentation est problématique. Néanmoins, ne nous leurrons pas: si la personne souffrant de troubles du comportement alimentaires sait que son corps est le reflet d’un état de dénutrition, il n’en demeure pas moins qu’elle a parfois du mal à effectivement se représenter objectivement et consciemment dans quelle mesure celui-ci est décharné…

 

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L’auteur

 

Dorianne Wotton

dorianne.wotton@free.fr

 

http://www.dorianne-wotton.com

 

Parcours, formation, diplômes

 

Agée de 30 ans, je vis à Montreuil.

Je présente une particularité physique: deux bras, deux jambes, une tête… mais trois yeux. Ce dernier est apparu il y a quelques années.

J’ai suivi un cursus tout à fait classique. Après avoir pratiqué, depuis l’enfance, divers modes d’expression, c’est en autodidacte que j’ai fait l’apprentissage de la photographie, depuis 2007, année où je reçois mon premier appareil-photo. J’ai fait cet apprentissage « sur le tas », avec néanmoins les conseils, avis et critiques de différents professionnels.

Ce cheminement peut avoir des inconvénients. Il présente néanmoins l’avantage de se libérer des contraintes techniques et d’avoir une approche plus instinctive, plus libre.

Afin de parfaire ma technique, j’ai toutefois tenu à suivre des cours de photographie au Centre Jean Verdier (Paris 10e).

Après de premières réalisations, de nombreux projets (séries, publications, expositions, etc.) sont actuellement en cours (cf. ci-dessous).

Je développe en outre une approche pluri disciplinaire. Par exemple, je m’intéresse depuis peu à la vidéo : elle me permet de donner à mon travail un caractère plus dynamique.

Je travaille enfin à la rédaction de courts textes (nouvelles, etc.), liés à mes images, dans la perspective d’un projet de publication.

 

Démarche

 

En proie depuis toujours à un flagrant délire de contradictions, je n’ai toujours eu de cesse de capter mes hallucinations; m’abandonner devant l’objet que je contemple, m’enivrer d’innombrables associations d’idées, conduire mon imagination dans l’incertain et l’indéterminé de sa fantaisie.

Animée par une forme de colère, une sordide détresse ironique, j’ai toujours cherché à exprimer dans mes créations une douce déception, voire un élégant malaise quant à la réalité extérieure. Le recours à différentes fioritures pour rendre ma réalité plus acceptable à des yeux trop vite heurtés est un mal parfois nécessaire… A cet égard, la photographie s’est avérée être un puissant vecteur me permettant de transcrire ces images mentales que je ne savais exprimer, de matérialiser mes visions. Elle est aussi un travail introspectif pour gérer mes démons, mes névroses; contenir mon instabilité, réprimer mes passions. Aimant la solitude inhérente à la prise de vue, la capture de l’image est rapidement devenue une grande joie physique et intellectuelle. Elle se veut la traduction graphique de ma perception du monde.

La photo fait rêver, elle travaille notre rêverie et notre inconscient, elle habite notre imagination et notre imaginaire. Elle nous fait basculer dans un autre espace et un autre temps. Avec la photographie, je ne raisonne pas, je rêve. Un renoncement triste et tendre; une languissante agonie. Un idéal complexe. Fouillant au fond de moi, j’essaie tant bien que mal de donner une forme à ces aspirations vagues, ces tristesses sans cause, ces émotions sans objet. Dans une société où l’immédiateté prime, j’ai choisi de figer le temps.

Mon approche photographique est principalement consacrée à la représentation de l’esthétique de la désolation. Il s’agit de montrer le monde tel que je le ressens, souligner l’obscur, le mystérieux… Pointer ce qu’on comprend de misère, de faiblesse, de banalité, de laid… Attirer le regard sur ce qui fait sens, sur ces multitudes de petites choses sur lesquelles les regards ne s’attardent pas car elles ne rentrent pas dans les codes esthétiques ou moraux. Intéresser et montrer ce que le monde peut avoir de noirceur, de douloureux, etc. Reconnaître que tout est habité par le chimérique, le fictif, l’imaginaire, l’irréel, bref le romanesque.

 

Tout devient alors potentiellement objet et sujet de mes créations, pourvu qu’ils répondent à cette démarche artistique. C’est ainsi que chaque série est une nouvelle mission, une errance, une recherche en faveur de ces images qui visent avant tout à mettre en scène l’esthétique de la désolation. Cette démarche se caractérise alors visuellement, quelque soit le sujet, par des ruptures, des discontinuités et une poïétique du décalage, du métissage et de l’amalgame. Une photographie artistique, création pure et sans contrainte, instinctive mais réfléchie, tour à tour poétique, conceptuelle, sociale…

Loin des ritournelles prétentieusement sophistiquées, loin des codes techniques et esthétiques, tout est affaire de sensations. Je ne me limite donc pas par un format photographique ou des tabous. Grain, flou, textures, surimpression, déformation, accidents. Je fais rendre tout ce qu’il peut à ce procédé.

Aimant varier les lieux de prises de vue, je privilégie néanmoins les décors et lumières naturels… pour mieux les détourner.

Le moyen? L’exode mental, quelque soit sa forme et où qu’il me mène… L’exploration et la sublimation des affects les plus extrêmes…L’exaltation devant l’esthétique de la désolation que le monde et mes contemporains m’offrent quotidiennement… La confusion des genres, des valeurs et des dogmes… L’illusion de me fondre dans un autre monde…

Le résultat? Un long et insipide prosélytisme, des anachronismes irritants, une somme d’abjections et d’arrogances devant la faune grouillante, insipide et grégaire, une hébéphrénie frivole, une fiévreuse instabilité, un caractère imperturbable, une litanie affligeante et affligée. Un oxymore incarné. Le tout et son contraire. Noir sur blanc.

Ainsi, ne reculant devant aucun dégoût, et sans sacrifier au snobisme de la « Culture » (les détails de la vie sont tellement plus enivrants!), je photographie.. Du moins, j’essaie. Reflets furtifs, échos troublés de ma conscience; miroirs déformés de la dureté, de la cruauté et de la violence impitoyable du réel; colères, songeries et paradoxes… Espérant secrètement que d’Autres partageront cette quête de (non) sens et cette apologie de la désolation.

 

Publications, réalisations

 

Séries thématiques (achevées et/ou en cours): il s’agit notamment de diverses séries de personnes, de lieux, de pays, d’évènements (commandes ou projets personnels).

 

Publications et interviews sur différents sites web et dans différents magazines: Buzz Arts, Plateform Mag, Photophiles, Photopassion, Pixiome, Photovore, Shooting, Virus Photo, etc.

Publication de ma série « Introspectrion » dans la revue « Les insomniaques ».

D’autres publications sont actuellement en cours de préparation.

 

Edition d’un livre, articulé autour de mes travaux sur les représentations de la folie, en cours de préparation (éditions Ragage). Sortie prévue printemps 2011.

 

Expositions individuelles et collectives (passées ou en préparation):

– « Oporto Decay », (Porto), du 11 au 13 décembre 2009;

– « (Dé)visages, (Dé)figures à l’Atelier Gustave (Paris), du 13 au 30 décembre 2010;

– « Images troubles et troublantes» au Styx (Paris), du 11 au 24 janvier 2011;

– « Crève Coeur» à la Raffinerie (Montreuil), du 12 au 15 février 2011;

– « Riot Girlz» à la Bellevilloise (Paris), du 25 févier au 27 mars 2011;

– « Double je(u)», à la Cantada (Paris), du 18 mars au 15 avril 2011.

 

Performances pluridisciplinaires (projections photo et vidéo venant soutenir les lectures et performances musicales de différents artistes).

http://www.dorianne-wotton.com/fr/page_2979.html

 

Pochettes et visuels d’écrivains, de musiciens.

Exemple: Exomène (http://www.facebook.com/exomene)

 

 

Vous pourrez avoir un aperçu plus exhaustif de ces réalisations à l’adresse suivante: http://www.dorianne-wotton.com

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Sebastien Delehaye
Photographe Tireur Rédacteur Studio Lille
Sebastien Delehaye est l'un des deux créateurs de RevuePhoto, pris de passion par la photographie il en a fait son métier. Dirigeant de la société Studio-Lille, il est spécialisé dans l'impression de tirage d'art et les agrandissement d'exposition, de décoration.