Interview de Nicolas Le Boulanger

Présent en fin d’année dernière à l’exposition de Namur, j’ai découvert le stand de Nicolas Le Boulanger que je ne connaissais pas. Ses images m’ont tout de suite parlé par leurs graphismes, leurs sensibilités et leurs originalités.

Nicolas jette un regard sur la Nature bien particulier et personnel, qui ne peut laisser indifférent comme le photographe lui-même simple et fervent amoureux de la Nature, que je souhaitais vous faire découvrir si besoin il en est.

– Nicolas, en quelques lignes pourrais-tu te présenter ?

Nicolas Le Boulanger

Je suis Nicolas Le Boulanger, quarantaine révolue, originaire de la région parisienne (vallée de Chevreuse). Après un séjour de 2 années et demi en Bretagne, nous sommes venus nous installer en famille en Lorraine depuis 2 mois. Je suis photographe pro depuis 3 ans.

– Depuis combien de temps pratiques-tu la photographie et comment est venue cette passion pour la photographie et plus particulièrement celle concernant la Nature?

J’ai « tatouillé » un reflex argentique durant mon adolescence déjà pour faire quelques photos animalières. Je me suis mis plus sérieusement au numérique il y a 8 ans avec l’achat d’un boitier et d’un bon téléobjectif.

Matériel et technique

– Pour couvrir cette diversité de sujets , quel boitier et quelles optiques utilises-tu ?

Je suis depuis toujours fidèle à Canon et j’apprécie surtout l’ergonomie de leurs boitiers En ce moment j’alterne ente un 6D mark 1, et un Canon 80d plus nerveux au niveau de l’autofocus. En optique un bon vieux sigma 120-300 f2,8 qui encaisse bien les rudes épreuves atmosphériques que je lui fais subir, sinon chez Tamron j’utilise le 90mm f2,8, et un 24-70f2,8. Puis un super grand angle 10-18 de chez Canon. Et enfin un multiplicateur 1,4 sigma quand les sujets photographiés sont trop petits et lointains.

– Comment définirais-tu ton approche photographique ? 

Un grand rêveur… Je vis dans mon monde pour ne pas dire dans ma bulle, j’ai mes visions mes idées, et c’est dans les milieux naturels que toutes mes pensées s’expriment le mieux. Plus les années passent et plus je préfère suggérer plutôt que de simplement montrer. Entretenir le mystère permet ainsi aux autres de découvrir leurs sensibilités intérieures.

Au Grés du vent

– Comment choisis-tu tes lieux et tes sujets à photographier ?

Je fais beaucoup de repérages pour trouver des lieux qui me parlent et qui me semblent photogéniques. Il est indispensable que ces lieux profitent d’une bonne lumière, donc j’étudie finement leurs éclairages au coucher ou au lever du soleil. Quand tu rajoutes à cela la nécessité que ces lieux soient à bon vent, et surtout qu’ils soient fréquentés par des animaux, tu comprendras que ma production photographique se fait aux compte gouttes et que j’essuie souvent de cuisants échecs.

– Si tu avais une image à choisir de ta photothèque, quelle serait-elle ? 

Je pourrais te parler de la photo du cerf dans le givre, car c’est la photo qui m’a donné le plus de retours positifs mais pour moi ce n’est pas la plus aboutie car elle relève plus du heureux hasard (givre et cerf bien placé, des situations rares à Rambouillet). Je préfère cette photo du cerf qui apparaît dans une trouée de lumière car j’avais imaginé cette photo bien avant qu’elle ne prenne vie. Il m’a fallu beaucoup de temps pour trouver l’endroit, et beaucoup de patience et de sorties infructueuses pour qu’un cerf passe au moment du lever du soleil précisément ou je l’attendais.

Clair Obscur

Pourquoi celle-ci plus quune autre ?

Car c’est une photo que j’avais imaginée depuis longtemps.

Peux-tu nous raconter son histoire ?

Cette photo a été prise avant la période du rut au moment ou les cerfs commencent à se rapprocher des places de brame. Quelques jours avant cette photo, j’avais entendu le frottement de bois d’un cerf sur un arbre, mais je ne l’avais pas vu. Je connaissais cette trouée lumineuse, pour y avoir déjà tenté des images, mais sans succès, donc j’ai affuté pendant 2 ou 3 jours à cet endroit en espérant que le coiffé y passe au moment opportun, et c’est ce qui est arrivé.

– As-tu un regret ? Une photo que tu n’as pas pu réaliser ? 

Oups, beaucoup de regrets oui. Surtout au niveau de photos ratées car la photo animalière est exigeante au niveau technique. Un mauvais réglage ne pardonne pas, car les rencontres avec les animaux sont souvent brèves et sportives. Dernièrement j’ai beaucoup tenté de photos ou un animal est entouré de flares, mais sans succès pour l’instant. Soit j’ai eu le sujet, ou le flare mais jamais les 2 combinés.

– Peux-tu nous dire qu’elle image aimerais-tu faire ?

Comme je travaille en ce moment beaucoup sur les vitesses lentes, les photos d’animaux en mouvement vont être mes prochains sujets d’étude.

Souffle de vie

C2medias, agence de communication interactive

Quels sont les photographes qui t’inspirent, dont tu suis assidument le travail et avec qui tu aimerais collaborer?
Je ne vais pas être original en nommant Vincent Munier, mais ce photographe me captive (et je ne suis pas le seul) car sa façon de capter les belles lumières est exceptionnelle et j’adore ses contre jours. Dans les plus jeunes,  j’apprécie beaucoup Sandra Bartocha pour son Art avant-gardiste, Jonathan Lhoir et ses images très graphiques. J’adore aussi la photographie de rue en noir et blanc comme celle de Henri Cartier-Bresson qui s’apparente beaucoup à la photo animalière : savoir figer rapidement le bon moment.

Sinon des portraitistes comme Lee Jeffries, Kirsty Mitchell, ou Katerina Plotnikova. J’ai toujours aimé la culture gothique mariant le thrash, le baroque et l’onirique.

Activités

– Très attaché à la protection et au respect de la Nature dans son ensemble, peux tu nous en dire plus sur ta position de défenseur d’une Nature « libre », quelles sont tes réflexions et actions dans ce domaine.

J’ai beaucoup de mal quand j’entends que c’est à l’homme seul de gérer la Nature. Vu l’échec cuisant de cette gestion depuis des décennies il serait temps de se rendre enfin compte, qu’en fait, on ne gère rien mais on détruit… inexorablement. La seule gestion que l’homme sait faire, c’est une gestion économique c’est à dire, maitriser les éléments naturels afin que cela ne contraigne pas ses rendements productifs de plus en plus expansifs. J’observe, je vis dans la nature depuis plus de 30 ans, et je vois à quelle rapidité des espèces disparaissent. Je suis sûr et l’histoire de la Terre le prouve que si l’homme ne se mêlait de rien, les animaux comme la flore sauvage se porteraient beaucoup mieux, mais pour cela il faudrait accepter le retour d’une vraie biodiversité : retour de prédations naturelles et sauvegarde de vrais zones de biodiversité ou l’humain n’y mettrait plus les pieds. On peut me prendre pour un utopique, mais si la gestion actuelle fonctionnait, je m’inclinerais et je dirais que l’homme sait faire, mais vraiment là, ce n’est pas le cas.

Mon action personnelle dans le domaine de la protection, est mon véganisme. J’ai rompu avec l’exploitation animale depuis de nombreuses années.

– En quoi la photographie peut, à ton sens, servir à cette protection  ?

Sensibiliser surement. Déjà faire voir qu’il y a un monde sauvage qui vit aux portes de nos villes ou même dans nos villes, c’est déjà un grand pas, tellement beaucoup de gens l’ignorent. Après montrer comme la nature peut être belle, sensible, mais cruelle aussi, c’est redonner une vie à des animaux ou végétaux que l’homme maltraite bien trop souvent. Et puis plus largement, la photo est un Art, alors cultiver, c’est permettre aux hommes de ressentir encore des émotions et de les partager avant qu’ils ne soient complètement lobotomisés par la technologie .

– En 2017 tu as proposé un stage d’apprentissage de photo Nature. Comptes tu renouveler cette prestation cette année ? A qui s’adresse t’elle et comment s’y inscrire ?

Oui je vais de nouveau proposer ce genre de formation. J’ai renouvelé cette expérience avec l’encadrement d’un office de tourisme, et donner quelques conseils à des photographes qui veulent apprendre m’a plu. C’est très enrichissant personnellement et l’émulation artistique qui en ressort m’est aussi bénéfique. Je compte refaire ce genre de sorties cette fois ci dans les massifs de la forêt vosgienne ou je suis maintenant installé. Il faudra surveiller mon site pour connaître les futures dates.

– Tu es un passionné d’art, en dehors de tes photographies, crées tu d’autres œuvres ? (En dessin, en peinture ou encore en  sculpture,…) Pourrais-tu nous en dévoiler dans ce cas quelques unes ? Ou sinon quels artistes dans les autres arts influencent ta vision photographique ?

J’ai eu la chance de grandir non loin des grands musées parisiens. Donc dès mon plus jeune âge, j’ai pu m’abreuver de peintures et de sculptures qui me donnaient la chair de poules. Coup de cœur particulier au musée d’Orsay et ses œuvres plus contemporaines et des mouvements artistiques flirtant avec l’abstrait qui me touchent vraiment.

J’ai passé pas mal de temps dans les allées de ces musées à griffonner au fusain des reproductions de sculptures. J’ai toujours aimé le dessin, mais cela me demande tellement de temps et d’énergie avant d’accoucher de quelque chose qui me convienne que j’ai rapidement pris plus de plaisir dans l’instantanéité de la photo.

Tellement d’artistes me touchent, en vrac : Le Caravage et ses Clair-obscur, Rodin en sculpture, Monet, Renoir, Degas et toute cette vague impressionniste, Chagall et surtout Charles Le Brun qui a inondé mes rêves quand je levais la tête dans les allées du château de Versailles.

– Quels sont tes futurs projets (livre, exposition ,voyages, reportages, …)

Prochaine expo au Crotoy dans le cadre du festival de l’oiseau fin avril, ensuite exposition à Paimpont pendant le mois de Septembre-octobre 2018. Puis oui j’aimerais bien petit à petit m’approcher de la sortie d’un livre.

Sinon, sortir et encore sortir en Nature pour jouer de mon instrument photographique.

Un Fantôme

Aurais-tu un conseil à donner à une personne qui souhaite devenir photographe animalier ?

Sans aucun doute le premier conseil est vraiment de respecter les animaux. Je suis persuadé que l’animal ressent beaucoup plus de choses que nous ne pouvons l’imaginer, et déjà si l’on arrive dans la Nature avec de mauvaises attentions ou de façons maladroites, nos échanges avec l’animal ou même la flore ne seront jamais bons. Il faut apprendre à rester humble, et non dominateur pour une fois.

Ensuite bien sûr maîtriser parfaitement les réglages de son appareil photo. Je compare un peu mon reflex avec une manette de jeu, il faut être capable de retrouver toutes les molettes et boutons de réglage très rapidement, et sans quitter son œil de l’objectif. La photo animalière appelle à la flânerie, mais quand une action se passe, il faut agir vite et efficacement.

Le mot de la fin, ou quelque chose à ajouter sur un sujet de ton choix ?

J’ai longtemps été musicien, et je trouve beaucoup de similitude dans la création photographique et musicale. Le reflex est comme un instrument de musique, il est juste un outil qui sert à composer. Une fois l’instrument maitrisé, Il faut trouver les bonnes harmonies de couleurs de lumières, ou de contrastes qui sauront faire vibrer.

+ d’informations

ompte instagram : @nicolasleboulanger

Site(s) web : www.nicolasleboulanger.com

Adresse mail : leboulangernicolas@gmail.com

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Eric Mary
Auteur photographe, Eric Mary pratique la photographie depuis son plus jeune âge. Autodidacte, il s’est spécialisé dans la technique de la macrophotographie pour découvrir l’Univers du Petit qui le fascine par sa beauté, ses richesses infinies de formes, de couleurs et pour sa poésie. En dehors de sa participation à RevuePhoto, il participe au collectif de photographes bourguignons de nature et animaliers « Bourgogne Photo Nature » et s’occupe de l’association « Terre d’Images » qu’il a fondé avec son épouse.

Une pensée sur “Interview de Nicolas Le Boulanger

  • 21 mars 2018 à 20:11
    Permalink

    J’ai découvert avec beaucoup de plaisir les photos de Nicolas Le Boulanger c’est un style très intéressant.

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