Interview de Fabien Gréban

Bonjour Fabien,

 

• – Peux-tu nous présenter ton travail et ton parcours photographique en quelques mots    

  • Fabien Gréban : Bonjour Emilie. La photographie nature est devenue une passion depuis 2005. J'ai tout de suite trouvé de multiples sources d'inspiration autour de chez moi, sur les plateaux du massif jurassien. En 2008, je présentais ma première exposition sur la faune sauvage du Jura. En 2010, mes images sont diffusées par l'agence BIOS et  aujourd'hui, j'expose au festival Nature Namur après une année riche de nombreuses autres expositions.
  • Dans une image, je recherche avant tout l'esthétisme, l'émotion, j'aime particulièrement les ambiances épurées. J'ai particulièrement été touché par l'exposition de JIM BRANDENBURG à Montier en Der en 2009. Un travail qui m'inspire encore aujourd'hui.

 

• Tu es attaché aux photos de ta région, le Jura.  Est-ce par goût pour ses caractéristiques ou par goût de la photo de proximité ?

  • Fabien : :
  • J'aime profondemment le Jura: ses sapins, son relief et son climat rigoureux. Mais je pense également qu'il est nécessaire de mettre en valeur son environnement direct dans un souci d'éducation et de protection. On ne protège que ce que l'on connaît. Et, bien souvent, les enfants connaissent mieux les animaux des pays lointains que ceux de nos campagnes.
  • Enfin, réaliser ses images autour de chez soi offre de nombreux avantages, dont  la possibilité de connaître parfaitement le terrain et la joie de suivre certains individus au fil des saisons.

 

• Peux-tu nous parler de l’expo consacrée à l’hermine, que tu viens de présenter à Namur …

  • Fabien : Deux images d'hermine présentées en exposition en 2009, une invitation de Fabrice Cahez à exposer en 2010 sur l'hermine en compagnie de Jérôme Salvi, et me voilà lancé dans cette belle aventure. Plusieurs semaines de repérage, et six mois d'affut ont été nécessaires pour réaliser cette série de 18 photos. Des périodes fastes succèdent à de longues disettes de plusieurs semaines, mais après une belle série, on oublie toutes les difficultés du terrain.

 

• Tu as une vive prédilection pour la photographie de mammifère, c’est  le point de vue esthétique, leur comportement ou les affûts qui t’attirent chez eux ?

  • Fabien : J'ai en effet une forte attirance pour les mammifères, ils représentent pour moi le caractère sauvage de la nature. J'avoue avoir une préférence particulière pour les prédateurs comme le renard, le chat forestier ou l'hermine, leur mode de vie est passionnant. Croiser le regard d'un renard, être frôlé par une hermine, me procure toujours autant de sensations.

 

• Tu présentes tout de même de très belles images de paysage et de photo ornitho …

  • Fabien. : J'apprécie également toutes les facettes de la photo nature, le paysage, la macro, … mais si un renard ou chamois passe à proximité, mon choix sera vite fait …

 

• L’hermine est à présent une espèce protégée au niveau européen, ressens-tu un  changement dans les mentalités ou est-elle toujours considérée comme un nuisible?

Enfin, penses-tu que la photo contribue à la rendre sympathique et cela fait-il partie de ta démarche?

  • Fabien : L'hermine est discrète, peu de gens imaginent sa présence. Elle a pourtant un rôle important à jouer sur la régulation des campagnols, qui peuvent représenter un véritable fléau pour le monde agricole dans le Jura. Parfois, la fonte des neige laisse découvrir une prairie ravagée, sans plus aucun brin d'herbe, tant la densité de campagnol est importante.
  • J'essaie alors de participer modestement à faire reconnaitre le rôle du petit mustélidé auprès des agriculteurs, à l'image de ce que peuvent réaliser mes voisins spécialistes de l'hermine, Jérôme Salvi et Jean Malevez.
  • J'observe avec plaisir des signes encourageants, comme la plantation de nouvelles haies ou la protection des terriers de renard par certains paysans.

 

• Peux-tu nous raconter cette belle anectode de la visite d’une hermine dans ton jardin ?

  • Fabien. :  Après que mon premier potager a été ravagé par les campagnols, j'ai installé un tas de pierre dans le fond du jardin, dans l'espoir d'attirer la belle hermine. Un an plus tard, le petit mustélité a établi ses quartiers dans le tas de pierre. Quel plaisir de l'observer chasser tous les soirs dans le potager, ce spectacle a duré trois semaines avant qu'elle ne parte s'installer dans le tas de tuiles du voisin. J'ai d'ailleurs une image de mon exposition qui a été réalisée ainsi.

Technique photo

• Comment procèdes-tu : t’attaches-tu à une espèce pendant un certain laps de temps ou photographies-tu de façon plus opportuniste ?

  • Fabien : Je pratique les deux modes de fonctionnement, j'alterne les séries spécifiques à une espèce sur plusieurs mois à des périodes plus buccoliques ou je profite des opportunités comme elles se présentent à moi. J'abandonne notamment mes terrains de jeux favoris à l'ouverture de la saison de la chasse, pour parcourir les sommets du massifs où j'essaie de saisir les cadeaux que m'offre la nature.

 

• Quel matériel utilises-tu ( boîtier, objectif et éventuellement logiciel de post-traitement ) ?

  • Fabien : J'utilise un boîtier nikon D300. Mes principaux objectifs sont le 500mm F4 pour l'affût, le 300mm F4 pour la billebaude en montagne et le 70-200mm f2,8 pour les photos d'ambiance que j'affectionne particulièrement.

 

• L’hiver arrive, le camouflage blanc mis à part, aurais-tu un petit “truc” à communiquer pour la pratique de la photo dans la neige et la photo dans le froid ?

  • Fabien: Non, je n'ai pas de conseil particulier, mise à part la nécessité de sur-exposer systématiquement pour éviter l'effet “neige grise” et le besoin d'une protection efficace contre le froid : rien de plus frustrant que la perte d'une belle opportunité à cause d'un doigt engourdi qui a perdu toute sensibilité et qui refuse d'actionner le déclenchement du boitier…

 

• A quoi ressemble pour toi une journée de photo idéale ?

  • Fabien : Une montée de nuit dans la montagne en raquettes à neige, des vagues de brume qui transcendent le soleil levant, des chamois sur une crête, une piste de renard dans la poudreuse.

 

• Peux-tu nous dire quoi ressemble ton affût favori ?

Fabien : Pour l'affût j'utilise principalement le terrain naturel (haies) que je complète d'un simple filet de camouflage. J'ai besoin d'être en contact direct avec la nature, je profite beaucoup moins de l'ambiance dans une tente affût.

 

• Peux-tu nous communiquer tes projets futurs ?

  • Fabien : Deux projets monopolisent mes sorties, mais il est encore trop tôt pour en parler …

 

Ainsi se clôt l'entretien que Fabien a eu l'amabilité de nous accorder. Gardons donc un oeil attentif sur les prochaines nouvelles du Jura.

Retrouvez son travail :

Sur le web :

http://www.faune-jura.com/

http://www.faune-jura.com/blog2.html

Lors de ses prochaines expos : http://www.faune-jura.com/actualites.html

 

 

 

 

 

 

 

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Emilie Vanderhulst
Emilie est anthropologue. Photographe nature amateur, elle est par ailleurs guide naturaliste et ornitho pour Natagora.